Album photos

  • on-va-plus-pres---bahawalpur.jpg
  • filles-irulas.jpg
  • theatre---ephese.jpg
  • marnan-bridge---esfahan.jpg
  • yoga-bring-harmony.jpg

Articles/Sujets

Une facon de voir ...

Jeudi 26 janvier 2006

Il fut donc écrit que notre année commencerait à Katmandou, sous tension, couvre-feu, violences politiques et militaires (ne pas manquer notre article décrivant le contexte au Népal1). Le travail de Corinne, visant à redonner espoir à des femmes et enfants menacés ou victimes de prostitution et d’esclavage de toutes natures, n’en a que plus de sens.

La traditionnelle mousson d’hiver n’étant pas cette année ici au rendez-vous (signe supplémentaire de dérèglements climatiques locaux de moins en moins contestables2) cela nous permet de profiter de week-ends ensoleillés et d’aller balader dans la vallée essayant de nous remémorer les enseignements de notre maître tibétain sur l’éphémère de l’existence, la justice face à la mort et la formidable absurdité de la croissance matérielle incontrôlée de cette époque. Encore résonnent les mots de Krisnamurti : « Le vent du désert balaie la trace du voyageur. Seul s'imprime le pas présent. Passé, le futur... du sable lissé par le vent ». Ou comme le disait François Patant3 d’une manière plus concrète : « Il ne s’agit pas de préparer un avenir meilleur mais de vivre autrement le présent ». Car tous les moyens technologiques et matériels existent pour régler l’ensemble de problématiques que rencontre l’humanité (par exemple4). Seule souvent manque la volonté politique5 et personnelle6.

A chacun et chacune s’il le souhaite de mettre ses choses ou d’autres en places, ici ou ailleurs7, mais maintenant6!

Nous voilà donc entrain de nous réapproprier le moment présent, hors du temps et des bombes, perché entre la Chine géante et l’Inde envoûtante.

Bref, en 2006, nous non plus, on ne s’ennuiera pas !

Références :  

1 Le contexte politique au Népal par Corinne Thomée en janvier 2006 

2 A 360 View of Climate Change par NorthSuthEastWest

3 Réseau des Objecteurs de Croissance pour l’Après-Développement – ROCADe

4 Vers la décroissance, Écofascisme ou écodémocratie par Serge Latouche dans Le Monde Diplomatique de novembre 2005

5 L’année des impatiences de Jacques Attali en janvier 2005

6 Un avenir durable, social et solidaire, ça passe par moi ! 

7 Ici ou ailleurs, que faire ? formation Iteco pour le développement et la solidarité internationale 

Par Benoit & Corinne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 14 février 2006

Les élections  

La vie à Katmandou est très tranquille malgré l’agitation politique qui a régné sur la ville et dans tout le pays. La Grande Banda déclarée par les maoïstes rendait les rues de la ville carrément calme, même si cette grève générale imposée n’a pas été vraiment suivie. Dès le premier jour, des motos circulaient dans les rues. Les jours suivants, des voitures et des taxis circulaient mais les plaques d’immatriculation étaient soigneusement cachées ou enlevées (forme de résistance passive ou besoin de (sur)vivre ?). Au quatrième jour (sur six prévus), la circulation était redevenue quasiment normale. Les élections passées, sans « trop » d’incidents (et la peur dissipée), les Népalais ont repris leurs activités comme si de rien n’était.

 

Les 7 partis d’opposition boycottant les élections et la banda empêchant les gens de se déplacer pour aller voter dans leur ville ou village, la participation aux élections fut « faible »… Les électeurs n’avaient pas trop le choix… les maoïstes ayant menacé de mort ceux qui se présenteraient aux élections, il y a eu peu de candidats. Des candidats ont été élus d’office, étant les seuls à se présenter ! Bref… un vrai fiasco démocratique !

Dans ce chaos politique, les Népalais restent tranquilles. Il est parfois difficile de savoir ce qu’ils pensent vraiment… On entend souvent une nostalgie du temps où régnait la paix… parfois une crainte pour leur sécurité et celle de leur famille… ou même un soulagement quand un couvre-feu est déclaré, empêchant des manifestations qui auraient pu mal tourner pour la sécurité de tous, au détriment des libertés fondamentales. Les Népalais veulent la paix… vivre en paix avec eux-mêmes et avec les autres.

 

Un art de vivre 

Nous recherchons tous la paix… En suivant les enseignements bouddhistes, les hommes libérés de l’aversion et du désir vivraient en paix… plus de conflit, plus de guerre… Et c’est dans la croyance que chaque homme peut se libérer de la haine et de la violence que le bouddhisme fonde son espoir en un monde meilleur… La paix dans le monde passe par la paix intérieure de chacun de nous.

 

« The basis of any healthy harmonius society is always the healthy and harmonious individuals who poulate it. Only if each individual has a pure, peaceful mind can we expect peace in society. » S.N. Goenka

 

Bon… c’est une explication un peu simpliste du bouddhisme mais l’enseigner est encore hors de notre portée. Etant dans un environnement assez propice, nous avons commencé à nous intéresser aux enseignements du Bouddha et à pratiquer la méditation.

Corinne est allée trois jours dans le monastère de Kopan. L’endroit est calme, paisible, serein. Les journées passent au travers des lectures, du yoga et de quelques tentatives de méditation.

Benoît est allé 12 jours dans un centre de méditation Vipassana, apprendre la technique de médiation enseignée (il y a 2500 ans !) par Siddhârta Gautama, un Bouddha. Cette technique peut-être acceptée et pratiquée par des personnes venant de tous horizons, cultures, ages, sexes, religions, disciplines et niveau social, son enseignement est gratuit et ouvert à tous et toutes. Cette technique se base sur (1) l’acceptation de cinq principes de respect de soi, des autres, de toutes vies et de la vie, (2) sur le développement de la concentration et des capacités de maîtrise de son esprit par des exercices de respiration et (3) sur le développement de la connaissance et d’une sagesse personnelle acquise pratiquement par l’expérience de l’observation de ses sensations corporelles comme elles sont réellement. Strictement rien de plus ! C’est très simple et drôlement efficace. Il en découle paix, compréhension et sagesse dans un jaillissement d’amour et de compassion pour tous les êtres. N’est-ce pas magnifique ?

 

En dehors de nos pratiques yogiques et méditatives, nous nous baladons. Nous sommes allés récemment à Kakani, un peu en dehors de la vallée de Katmandou pour participer à l’inauguration du mur d’escalade qui servira pour la formation des guides de montagnes… un beau projet. Les guides de montagnes ne sont pas formés et des accidents auraient pu être évités si ils avaient été formés aux techniques de sécurité (notamment la mort du couple de Français en novembre, partis dans la montagne avec la baraka parce qu’ils avaient échappés au sort de leur six amis morts un mois plus tôt dans un avalanche à cause du travail qui les avaient retenu en France…). Et nous aussi nous avons inauguré le mur, un mur en béton et en pierre qui fait vraiment « sensation falaise » !

 

Puisse tous les êtres sortir de toutes leurs misères, ressentir le bonheur de la libération, trouver la paix et l’harmonie intérieures et engendrer la paix et l’harmonie pour les autres.

 

Puisse tous les êtres être heureux !

Par Co & Ben
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 6 mars 2006

Après quelques semaines de découverte du monde des Organisations Non Gouvernementales (ONG) au travers du travail, de visites, de lectures et de rencontres, nous aimerions partager avec vous nos questionnements et réflexions.

On observe un travail des coopérants engagé et généreux, c’est admirable ! Cependant, avec un regard à la fois engagé et critique, on ne peut s'empêcher de regarder avec perplexité l'aide que l'on essaye d'apporter ici (ou ailleurs). Par exemple, dans le domaine des victimes de violence, d'abus et de trafic, quels changements profonds faudrait-il pour empêcher ces violences ? Des changements politiques, économiques, culturels mondiaux ! Ou plus encore, un changement profond au sein de chaque individu pour que toute la souffrance et la violence accumulée puisse s’échapper. Un ambitieux défi face auquel les actions des ONG sont dérisoires. Est-ce bien la peine d’éponger le sang d’une plaie si on ne fait rien pour la refermer ?

Mode de vie

En fait, la nébuleuse des ONG qui gravitent autour des organisations onusiennes (ONU, FMI, OMC, Banque Mondiale) ou autre super puissances (Etats-Unis, UE, Japon) et vivent grâce à elles, manquent peut-être soit, d’une vision globale de leurs projets et de leurs combats soit, de conscience et d’honnêteté, d’aspiration à une réelle évolution. Focalisées sur leurs problématiques spécialisées, elles en oublient (volontairement ou involontairement) toute une série d’autres qui leurs sont pourtant immanquablement liées, comme par exemple la prise en compte des pressions que leurs modes de vie et les projets qu'ils défendent font subir à l'environnement.

Finalement, même si bien des expatriés (ou volontaires et bénévoles) sont des gens sensibles au mal-développement de notre monde, pourquoi, plus que les autres, ne vivraient-ils pas sans se poser de questions, dans de (trop) grandes maisons (mal orientées, mal isolées)? Pourquoi feraient-ils, plus que les autres, attention a leur consommation? Puisque ici, ils ont les moyens financiers ? Pourquoi, se priveraient-ils d’aller au resto ? Pourquoi achèteraient-ils de la nourriture locale et de saison chez le petit marchand du coin plutôt que des produits importés, surgelés, plus « safe » dans le supermarché? Et puis, un petit vin français de temps en temps… une ou deux fois par semaine… ça ne peut pas faire de mal ! Et pourquoi se priveraient-ils de prendre le taxi même pour des petites distances, c’est tellement bon marché? Pourquoi se priveraient-ils d’aller visiter leurs partenaires sur le terrain en avion alors que ça ne prend finalement que « quelques » heures de bus? Pourquoi se priveraient-ils d’un survol de l’Himalaya toujours en avion pour pouvoir ramener d'inoubliables photos de glaciers (qui fondent inexorablement) vu du ciel, à la famille lors du repas de Noël ? Et pourquoi pas encore survoler 1 mois plus tard les mêmes sommets himalayens pour visiter 3 jours Lassa au Tibet, et finalement au coeur de l'hiver, soit rentrer en Europe voir la famille, soit partir se bronzer en Thaïlande en charter, parce que Katmandou en janvier, c’est quand même froid et puis, en fait, c’est tellement proche la Thaïlande? Pourquoi les conséquences de tous ces gestes destructeurs et pourvoyeurs de souffrances pour les populations (1,2), ne sont-ils pas montrés du doigt? Pire que cela, ce mode de vie est valorisé et envié dans l'imaginaire collectif des expats, des routards et des populations locales! Chacun ici aimerait avoir sa bagnole 4x4, son GSM, son ordiportable et ses lunettes rabanes du petit employé d'ONG locale. Pourtant, quel est le bilan réel de ces projets et de tous ces efforts généreusement consentis (3)? Les ONG, leurs employés et l’argent frais qu’ils apportent ne risquent-elles pas de transformer les gens en victimes dépendantes comme le dénonce Arundhati Roy (4), d’émousser la résistance des mouvements populaires locaux, entre autre, en offrant a leurs leaders ou aux instruits des postes bien payés, des statuts et un mode de vie occidental (prédateurs (5,6,7,8)), sans jamais devoir rendre de comptes aux populations "secourues" mais seulement au bayeurs de fonds précités. On en arrive à menacer le développement du monde que l’on essaye de développer… à ouvrir encore la plaie en l’épongeant ! Mais peut-on vraiment sauver le monde ?

Rythme de travail et dépendances de financements dérisoires

Cependant nous ne voulons pas non plus mal juger ceux qui viennent ou travaillent ici. Les gens, les chefs de missions des ONG n’ont pas le temps de se poser de questions sur le sens profond de leurs actions, travaillant comme des buffles parce qu'ils sont les seuls expats (au Népal chaque ONG internationale a droit à un seul expat...) et qu'il faut faire tourner l'ONG tant bien que mal avec une équipe et des partenaires qui ne sont pas du tout dans le même rythme. Et pour satisfaire à la fois les bailleurs de fonds et les partenaires locaux, il faut s’engager dans une gymnastique parfois périlleuse. Les bailleurs qui décident à chaque moment de l’histoire quels sont les besoins et les priorités des sociétés en « voie de développement », imposent aux ONG, par des délais court de financement, un rythme et une nécessité de prouver que leurs actions ont des résultats directs et immédiats, ne laissant pas le temps et la place pour un développement alternatif, intégré, soutenable.

Et puis on s’interroge également sur ce que vaut réellement la « très généreuse » aide au développement tellement nécessaire a la survie des ONG? Bien, concrètement l’aide publique au développement destinée aux pays du Sud fut de 77 milliards de dollars en 2004 (9), dans le même temps pour comparaison, chaque année, les pays en développement déboursent plus de 370 milliards de dollars pour le remboursement de leur dette extérieure aux pays créditeurs (CADTM). Qui aide qui ? Et encore pour un autre type de comparaison, les dépenses militaires mondiales se sont élevées en 2004 à 1040 milliards de dollars, dont 455 milliards pour les seuls Etats-Unis (d’après le Rapport 2005 du Stockholm International Peace Research Institute). Depuis quarante ans, malgré l’accroissement considérable de la richesse produite dans le monde, les inégalités ont explosé (10). Peut-on se risquer a en déduire que peut-être les groupes dominants des pays riches et les élites au pouvoir des pays pauvres n’accordent pas assez de moyens pour réduire la pauvreté et la misère dans le monde ? Peut-être en distribuent-ils juste « généreusement » assez pour renforcer leurs zones d’influences respectives, afin d’être en mesure d’imposer chacun des décisions économiques en contrôlant les positions que d’autres adoptent lors des sommets internationaux et pour que tous puissent continuer a mener des politiques commerciales, financières et technologiques renforçant les causes de l’appauvrissement continu des populations déjà dans le dénuement. Les ONG étant alors un de leurs outils pour épongé le sang et faire oublier la plaie qui continue de s’ouvrir !

Comment avancer dans ce monde…

Face aux problèmes de la fragilité de l'économie mondiale, de la destruction de l’écosystème terrestre, de la sécurité et du terrorisme, des migrations clandestines et des violences, il n'y a qu'une réponse: la réduction des écarts entre les niveaux de vies dans le monde passant par une re-répartition des richesses, une plus grande sobriété du « Nord » de l’efficacité pour tous et la protection de la biosphère. Vu que l'aide aux pays du sud n'a encore jamais montré sa capacité à réduire cet écart et que ces prescriptions économiques désastreuses et arrière-pensées géostratégiques ont été révélées (9,11), nous devons donc être prêt à risquer des changements importants dans notre manière d'envisager la coopération, le développement !

… sans remise en question ?

Ce dont l’humanité a besoin, ce n’est pas d’expatriés, de missionnaires, de conquérants et d’empereurs, mais de bâtisseurs d’un vivre ensemble, partout et localement, fondé sur l’aspiration de toute personne et de tout peuple à la dignité, à la justice, à l’autosubsistance, à la liberté et à la paix (12). Nous même convaincus par les principes du « post-développement » (laisser les autres se développer selon leurs propres façon de penser et de faire, sans imposer notre façon occidentale de penser et de faire), on s’interroge sur notre présence ici et sur ce que l’on peut réellement apporter. Essayer de proposer, de partager, d’échanger… mais quand on a pas de répondant ? Ne pas imposer la structure de pensée occidentale… mais quand on ne trouve pas d’alternative ?

En attendant, on éponge ! On ne peut pas vous le cacher, on participe à ce système… avec beaucoup de questionnements et quelques tentatives de remises en questions (« Vous êtes sûrs que c’est nécessaire de prendre l’avion pour aller dans le Teraï ». Mais c’est une telle évidence pour le chef ou les collègues, parce que : « le bus, c'est lent » et que « quand on bosse, on a forcément pas le temps a perdre » et en plus « c’est pas secure »). Entre altruisme et égoïsme, le coeur balance toujours...

Vers une société économe et solidaire

On parle beaucoup de la « sustainability » des projets de développement... le monde des ONG est-il globalement soutenable aujourd’hui?

Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’économie) paraphrase cela en expliquant que les projets d’aide au développement actuels reviennent à « utiliser un lance-flammes pour enlever la peinture décrépie d’une maison et à se lamenter ensuite de ne pouvoir repeindre sous prétexte que la maison est réduite en cendres ».

En fait, « derrière la question du développement sont en jeu les finalités du travail et donc le chemin vers une société économe et solidaire » (11).

Références :

(1) Why should we be concerned by reducing carbon dioxide emissions ? par J. Houghton (Co-chair of the Scientific Assessment Working Group of the Intergovernmental Panel on Climate Change) le 25/05/2001.

(2) 2005 a été l'année la plus chaude depuis plus d'un siècle – Le Monde 25/01/2006

(3) De la fonte des glaciers himalayens aux cyclones des Caraïbes ; Les ONG toujours en retard d’une catastrophe par A. Callamard et R. Kent dans Le Monde Diplomatique d’octobre 2004

(4) Les périls du tout-humanitaire par A. Roy dans Le Monde Diplomatique d’octobre 2004

(5) Il reste moins de dix ans pour sauver la planète par M. Bauweraerts dans La Libre le 24/01/2005

(6) 1.360 experts sonnent l'alarme : à force de dégrader les écosystèmes, l'homme menace son propre bien-être d'ici à quarante ans par S. Briet dans Liberation le 31/03/2005

(7) Développement Faillite par P. Sabatier dans Libération le 31/03/2005

(8) L'épuisement de la nature menace le progrès – Le Monde 31/03/05

(9) Une « générosité » très médiatisée - Les faux-semblants de l’aide au développement  par D. Millet et E. Toussaint dans Le Monde Diplomatique de juillet 2005

(10) Vers une société économe et solidaire - Développement ne rime pas forcément avec croissance par J.M. Harribey dans Le Monde Diplomatique de juillet 2004

(11) Mercantilisme et géostratégie - Une nécessaire réforme de l’aide internationale par D. Sogge dans Le Monde Diplomatique de septembre 2004

(12) Pour abolir la pauvreté - Changer le monde, c’est possible ! par R. Petrella dans Le Monde Diplomatique d’août 2005

 

Par Benoit & Corinne
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Lundi 1 mai 2006

Voilà, nous avons rencontré l’ONG indienne, le Bharathi Trust, que nous allons apprendre à connaître dans les prochains mois. C’est une ONG locale, très accueillante qui a encore dernièrement reçu un prix du magazine « Outlook » pour récompenser son action et ses prises de positions exemplaires (Speak-Out Award 2005). Pourtant, pas de folder de présentation ou de syllabus, ici c’est sur le terrain que ça se passe, que ça discute et que les décisions se prennent, tous ensemble. 

Nous voilà donc à la rencontre de l’Inde, de ses villages et de ses campagnes… de zones non cotée en bourse donc sans intérêt… à la rencontre d’une démocratie… inégalitaire ! 

Dans cette démocratie fondée sur un système de caste, les intouchables (ou plus souvent appelé maintenant dalit, traduit par « opprimés ») ont commencé à se faire entendre et à se faire une petite place dans le monde politique et économique… une avancée vers une société égalitaire, certes ! Mais…, en dehors du système de caste, les populations tribales, beaucoup moins médiatisées, restent ignorées et ignorantes. Si les intouchables étaient utiles aux castes supérieures pour réaliser les taches impures, les tribus, toujours maintenues à l’écart de la société, n’ont jamais eu d’utilité. Et aujourd’hui encore, il n'y a pas de place pour eux en Inde ! 

Les Irulas (une population tribale du Tamil Nadu d’environ 350 000 personnes) ne sont toujours pas reconnus comme citoyens de l’Inde, ils n’ont pas d’identité pour le gouvernement, pas de droit (cette population n’est pas référence sur les listes électorales et n’ont donc toujours pas le droit de vote !). Touchées par le Tsunami, les communautés Irulas de la côte n’ont pas été inscrites dans la liste des victimes par le gouvernement. Non reconnus, ils n’ont touché aucune indemnités et n’ont reçu comme aide de l’état que 20kg de riz par famille. Cette population non-eduquées et donc vulnérable, est souvent exploitée par des propriétaires terriens ou les industries de riz qui les font travailler pour rembourser des dettes et leurs intérêts illimités. Semblables à tous les Indiens (deux bras, deux jambes, une moustache et un lungi), il est vraiment difficile de comprendre que ces gens soient ainsi rabaissé à moins que du bétail. Combien d’existence niées, d’individus exclus, de villages déplacés, de travailleurs exploités, d’enfant privés d’éducation et de soins dans « la plus grande démocratie du monde » ? 

Une femme, une activiste, Siddamma, a décidé d’aider les Irulas à combattre la fatalité et les pousser à revendiquer eux même leur droit de sol sur le territoire indien. Et la lutte commence par l’éducation (aujourd’hui, 99% de la population irula est encore illettrée)… des écoles d’éducation non-formelles dans les villages irulas ont été mises en place pour ensuite permettre aux enfants d’intégrer des écoles publiques (où ils restent néanmoins discriminés et parfois maltraités) et des bourses ont été données aux premiers irulas accèdant aux hautes écoles. L’éducation et l’information permettent de faire connaître leur droit et la lutte continue par la revendication de ceux-ci auprès du gouvernement par des manifestations et du lobbying (Rice mill workers allege `inhuman conditions'). L’aide du Bharathi Trust est aussi très concrète : des aides matérielles sont données aux villages pour la construction (ou la reconstruction après le Tsunami) de maison bio-climatique durable ou pour développer les activités locales génératrices de revenus (agriculture biologique, pêche…), et chercher à apprivoiser les sources d’énergies renouvelables. Des familles irulas sont aussi libérées de l’esclavage pour dette et sont soutenues pour retrouver des conditions de vie dignes (Release families of bonded labourers from rice mills). Toutes ces actions sont accompagnées d’un programme culturel qui vise à sauvegarder et revaloriser les savoirs et les savoir-faire des Irulas… pour que cette culture niée ne soient pas amenée à disparaître et se prépare à faire face de manière souveraine aux enjeux de demain.

Par Sita et Ramoudou
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Samedi 22 juillet 2006

Le 29 juin, nous accueillons au bureau du Barathi Trust le groupe du chantier Quinoa Inde, 8 participantes et 2 responsables. Nous suivons leurs premiers pas dans la ville de Chennai… premiers pas dans la circulation dense et tentative de filmer une traversée suicidaire ; premiers repas indiens et apprentissage des bonnes manières ; premiers shopping pour se mettre à la mode indienne, shulidar et saris

Avancée sur le chantier, super !

Quelques jours plus tard, je vais rejoindre le groupe au Ressource Centre… Depuis notre dernier passage, le terrain était nivelé, deux maisons en pailles détruites et les murs d’une maison en brique construits à la hâte (sans la moindre considération pour que celle-ci soit bioclimatique) pour accueillir le Quinoa Team une fois que le toit serait achevé. Je retrouve le groupe dans la ferme se demandant un peu ce qui les attendait (après avoir passé deux journées à attendre dans un village puis dans la ferme sans trop comprendre ce qu’ils faisaient là et pourquoi ils étaient « baladé » ainsi). Les jours suivants, le groupe déménageait dans la nouvelle maison et le chantier commençait doucement sous l’impulsion énergique de Chanmougavel, un ingénieur ayant débarqué au Bharathi Trust un jour après le groupe Quinoa pour s’occuper du développement de la ferme biologique pendant un certain temps (5 jours, 1 mois, 6 mois… qui sait ?). Pleins d’initiatives, l’ingénieur manage la plantation d’arbres autour des champs et la création de canaux permettant d’irriguer les champs en fonction des besoins… Nous nous demandions, Benoit et moi, avant l’arrivée du groupe ce qu’il allait faire au Ressource Center, et les réponses évasives de Siddamma (« There is a lot of work ! »… faire le toit de la maison… planter des cacahouètes… et puis ???) nous montrait que le projet n’était pas très concret. Mais l’arrivée d’une personne ressource offrait de l’action au groupe et donnait enfin à cette ferme bio un contenu cohérent.

Le groupe est très motivé pour le projet, ils se sont impliqués pendant les 6 mois de préparation et en attendent beaucoup. Parfois je me sens indépendante par rapport à ce groupe, un élément ajouté… et parfois, je me surprends à me sentir complètement assimilée au groupe.

Benoit et moi rejoignons Chennai, laissant le groupe satisfait de leur chantier au Ressource Center mais exprimant certaines appréhensions par rapport à la suite du programme… les septs jours dans un village Irula. Lorsque Siddamma passe, les responsables du chantier, Ben et Fadh, expriment les attentes du groupe et essayent de clarifier le projet ; les réponses restent floues mais vont dans le sens des demandes (ils pourront dormir, manger et travailler dans les familles… mais pour faire quoi ?).

Anthropologie sans assistance

Quelques jours plus tard, après une certaine dose d’indécision et surmontant mes propres appréhensions, je monte dans la Jeep de Siddamma pour rejoindre le groupe dans le village Irula. Minuit approchant, il est trop tard pour rejoindre le groupe Quinoa, nous dormons au Ressource Center, dans la petite maison qui a été accommodée de ventilateurs et de néons depuis mon dernier passage. Le matin, je me réveille au bruit du moteur de la bagnole et je la vois sur le chemin entre les champs lorsque je passe la porte de la maison. Siddamma est repartie à Chennai… elle ne viendra pas au village m’introduire à une famille et voir le groupe Quinoa. Une personne m’accompagne en bus et m’aide à porter le matériel d’animation pour le groupe jusqu'à la communauté Irula située le long de la route et accrochée à un autre village. J’y trouve le groupe affalé sur un lit de corde et entouré par des villageois… les premiers ont l’air extenués, les seconds perplexes. Le groupe vient d’arriver dans le village après avoir passé la nuit dans un temple où une cérémonie de mariage s’éternisait. Dans le village, rien ne semble organisé pour l’accueil du groupe et les villageois paraissent même gênés par sa présence, ne sachant pas que faire avec ces étrangers… Des messages contradictoires nous parviennent (entre « Pas de problèmes… vous pouvez choisir une famille pour aller dormir » et « Les villageois pensent que les maisons sont trop petites et que vous ne devriez pas rester ici »). Tous regrettent la présence de Siddamma ou d’un médiateur plus au courant de ce qui avait été convenu avec le village. Malgré l’absence d’introduction des uns aux autres, les villageois nous font à manger et improvisent même le soir une danse autour de tambours permettant de briser la glace et de sentir un accueil.

La journée, il n’y avait rien à faire… les gens du village travaillant dans des champs de manguiers appartenant à des propriétaires terriens, il n’était pas possible de les accompagner dans leur travail… Le groupe a tenté de faire quelques animations pour les enfants du village, sans grand succès.

Le groupe a attiré dans le village une foule d’enfants et de jeunes du village d’à coté qui venaient nous observer et entraient sans gêne dans les maisons de ces gens pour lesquels ils ne devaient pas avoir beaucoup d’estime… Les Irulas voyant le village comme insécurisant, insistaient d’ailleurs pour que nous restions dans la communauté (ce qui s’opposait sans cesse au besoin du groupe de bouger, de « faire quelque chose »). Cependant, un jeune du village nous servi d’interprète et nous en appris plus que nos intermédiaires directs : le village avait été prévenu la veille de l’arrivée du groupe et rien n’avait été clarifié concernant le logement, les repas et la prise en charge du coût de la nourriture ; Siddamma était passée deux ans auparavant dans leur village et n’avait jamais rien fait pour eux ; les maisons, l’eau et l’électricité étaient offerts par le gouvernement ; les villageois se demandaient quelle aide nous venions leur apporter (attente légitime puisque le but de notre présence ne leur avait jamais été expliqué) et ne savaient pas quoi faire de nous. Mal à l’aise, nous leur avons simplement exprimé que nous étions aussi perdus qu’eux devant cette situation.

Malgré toutes ces incompréhensions, des liens se tissaient entre des personnes du groupe et des villageois, et des rires se sont souvent échangés autour des fourneaux où quelques femmes se dévouaient pour faire à manger au groupe.

A la fin du troisième jour dans le village, Siddamma est arrivée. A la suite de discussions tendues avec les villageois d’abord, avec les responsables de chantier ensuite, nous apprenons que les villageois avaient été choqués par les tenues vestimentaires et les comportements du groupe… En colère, et certainement déçue, Siddamma l’a âprement reproché aux responsables du groupe. Le séjour du groupe dans le village ne répondant pas aux attentes multiples des participants et dérangeant le village, le groupe allait partir le soir même… les sacs ont été faits en vitesse. Une dernière réunion a permis à chacun, membres du groupe et villageois, d’exprimer qu’au-delà des incompréhensions, ils s’étaient déjà attachés les uns aux autres. Et nous sommes partis avec un sentiment amer de déception mais aussi de soulagement.

En trois jours, nous avions pu commencer à surmonter le choc culturel et créer le lien… mais cette démarche s’est arrêtée là. Je me dis que, peut-être, l’échange aurait pu être pleinement satisfaisant pour les uns et les autres… s’il y avait eu une préparation à l’échange interculturel (aussi du coté des villageois qui ne savaient même pas que les occidentaux ne portaient pas de sari) ; s’il y avait eu un médiateur pour expliquer la culture locale, expliquer nos faux-pas (et des erreurs il y en a eu… des décolletés trop profonds, des gestes tendres entre filles et garçons, des filles qui partaient non-accompagnées du village…), et apaiser le malaise que ceux-ci provoquaient chez les villageois ; s’il y avait eu un micro-projet pour réunir les deux communautés…

Une maison bleu, accrochée à la colline …

De retour au Ressource Center, une odeur d’indécision planait et rendait la situation un peu tendue… Ben, le responsable, posa un ultimatum… celles qui veulent abandonner le chantier partent demain. Quatre filles déçues du projet et n’ayant plus d’espoir pour les activités à venir (par rapport au programme qu’ils avaient reçus au cours de la préparation, le projet en avait été petit à petit appauvri) ont décidé de quitter le groupe.

Pour Siddamma, ces filles (dont certaines s’habillaient plus légèrement que les autres du groupe) n’avaient pas réussi à s’adapter… pour elle, Quinoa aurait du mieux sélectionner ses participants… Siddamma n’a pas compris que la déception par rapport au projet s’était propagée dans tout le groupe. Je pense qu’à ce moment là, elle n’avait pas encore pu entendu les critiques des responsables par rapport au manque d’organisation du chantier (l’entendra-t-elle lors de la réunion d’évaluation de fin de chantier avec les responsables ?).

Les jours qui suivirent, le groupe restreint continua les travaux des champs au Ressource Center et commença des animations dans une école gouvernementale (un peu beaucoup d’improvisation… mais de bons moments) . Suite à une proposition que Siddamma avait faite au début du chantier, le groupe a acheté de la peinture pour la maison. Nous avons commencé les travaux mais étant livrés à nous-mêmes (plus d’ingénieur pour diriger les travaux), avec une peinture que nous ne connaissions pas, nous l’avons mal utilisée et il n’y en eu pas assez. Qui devait supporter le coût de la peinture ? Le groupe ne voulait pas payer de leur poche et pour eux il était clair que c’était l’argent récolté en Belgique pour le projet qui devait servir à cela… mais rien n’avait jamais été clarifié avec Siddamma qui après coup considéra que c’était le projet du groupe, que cela lui semblait inutile et que le travail avait été mal fait… Je pense que cette maison restera à moitié bleue…

Rencontre mutuelle trop tardive ?

Toutes ces incompréhensions, en plus d’un mail un peu déplacé de Quinoa qui lui demandait de remotiver le groupe, a engendré une tension exprimée à demi-mots et a achevé de démotiver Siddamma par rapport à ces échanges avec des groupes de belges. C’est le troisième chantier qui vient au Bharathi Trust et le deuxième qui éclate. L’ajustement entre les partenaires n’a pas su se faire… et finalement cela surprend peu… Quinoa ne semble jamais avoir vraiment pris le temps pour connaître Siddamma et le Bharathi Trust.

Peu préparé, le groupe n’a pas pu accepter pleinement les différences culturelles bien présentes non seulement dans la relation avec la population mais aussi dans la relation avec le partenaire : l’impossibilité d’anticiper et d’organiser à l’avance, ainsi que la résistance à parler d’argent ont été les deux points sur lequel un véritable choc culturel s’est produit.

Avec cette expérience de plus des chantiers Quinoa, je remets en question ces séjours d’immersion… Je me demande si les responsables (et au travers eux, Quinoa) sont capables de guider un groupe de jeunes dans un échange avec un partenaire et dans un pays qu’ils connaissent si mal.

J’observe aussi que le fait d’être en groupe favorise des comportements acceptés dans notre culture et amène le groupe à auto-justifier une façon de voir qui s’oppose à la culture locale – quelque part, il est plus facile de maintenir son mode de penser et d’agir quand on est en groupe dans une culture étrangère (dans le groupe, je sentais que j’avais une façon de me comporter et de discuter comme je n’en avais plus eu depuis au moins six mois).

Voyage et rites de passage … et puis quoi ?

Enfin, je me demande ce que les participants retirent réellement de cette expérience… si j’ai l’impression que mes expériences de chantiers avec Quinoa (au Maroc, au Bénin et au Népal) avaient participé à mon ouverture sur le monde et sur un autre mode de vie (mais ce n’est peut-être qu’une impression au fond), je me demande si elles apportent vraiment une remise en question profonde pour la majorité des participants – une fois rentrés les participants des chantiers Quinoa reprennent leur vie et continuent leur évolution dans la marche du monde en déroute… peut-être, au mieux, seront-ils plus enclin à consommer des chips équitables ou à choisir une courgette bio au supermarché…

Ces voyages, ne constitueraient-ils pas pour les jeunes occidentaux une nouvelle manière de se distinguer et d’investir dans une nouvelle forme de capital symbolique, tout en masquant et en reproduisant l’inégale répartition des richesses et du pouvoir ?

Au fond, c’est comme si les jeunes issus des classes moyennes et supérieures devaient aujourd’hui faire l’expérience de la pauvreté, afin d’assumer « légitimement » leur future position sociale.

L’article Voyages et rites de passage - Le tiers monde, enclos initiatique pour les jeunes explique que les voyages d’immersion dans les pays du tiers monde, loin de diminuer le fossé entre le Nord et Sud, peuvent participer à des stratégies de condescendance. Selon Pierre Bourdieu, « en abdiquant temporairement et ostentatoirement sa position dominante en vue de se mettre au niveau de son interlocuteur, le dominant profite encore de sa relation de domination, qui continue à exister, en la déniant».

Voyage initiatique… rite de passage… tourisme existentiel… expérience d’un autre monde… pour mieux s’ancrer dans le nôtre ?

Les rites de passage ont souvent pour fonction de renforcer l’ordre social, même si pour ce faire, ils doivent justement le transgresser. C’est comme si la société se mystifiait elle-même à travers ces moments de désordre fictifs, qui permettent, en fait, de légitimer et d’intégrer l’ordre social.

Au retour, tout rentre dans l’ordre… on retrouve notre place dans la société… on l’accepte … Le voyage a été comme un terrain d’expérimentation avant de rentrer dans la vie d’adulte…

Que ferons-nous de notre voyage ?

Par Corinne
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus