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Articles/Sujets

Nepal

Dimanche 20 novembre 2005

Me voici à la fin de mon premier week-end à Katmandou. Mon sentiment : un mélange étrange de connu et d’inconnu.

Je retrouve les ruelles parsemées de temples et les nepalais qui font un geste pieux quand ils passent devant un de ceux-ci - meme les plus petits qu’on ne remarque pas - les petites statues de Ganesh barbouillées de rouge, la circulation chaotique, les marchés aux allures médiévales, les chiens qui aboient la nuit, les boutiques de babioles, le fameux quartier de Thamel qui nous fait osciller entre attirance et dégoût, les couleurs des drapeaux tibétains,  et puis... Bodnath, le fameux stupa (temple bouddhiste) dont l’ambiance apaisante et intrigante est emballée par la musique de Tibetan Incantation (pour ceux qui connaissent !), etc,… 

Mais je découvre aussi un nouveau Katmandou… bien sûr, de nouveaux quartiers, dans lesquels je n’ai encore aucun point de repère… mais aussi une autre vie : la vie d’expat… La découverte de magazine de luxe portant sur les salles de fitness de Katmandou, d’un grand supermarché où le rayon des produits Nivea beauté ne doit pas faire moins de trois mètres, des soirées de l’auto-désigné « club français » où les expats discutent de leurs treks en montagnes ou des autres pays où ils ont été expatriés autour d’un verre de vin francais trouve dans le supermarche cite… contraste avec le Katmandou connu.  

Me voici donc au coeur de cette ville, grouillante et chaotique, dans une grande maison un peu vide et froide (l’hiver arrive et il n’y a pas de chauffage dans les maisons népalaises) tenue par une toute petite népalaise, Marie et gardée par Shiva. La maison se remplit des rires des deux filles de Marie et Santo, son mari, de l’aboiement des deux chiennes, et puis de la présence de Stéphanie, la française expatriée, directrice de Planète Enfants Népal avec qui je vis et je travaille. 

Entre la recherche de bûches de bois pour le feu ouvert (pas facile à trouver car les népalais n’ont pas de feu ouvert – juste des machins au kerosene qui pue franchement et donne la nausee), les courses, la soirée entre expatriés français et le cours de Thangka à Bodnath avec Stéphanie… je n’ai pas vu ce premier week-end passé.  

 

Le Thangka... la peinture sacrée bouddhiste. Une peinture très colorée, riche en détails, très précise, très détaillée… quelle patience il faut pour le faire ! J’ai quand même mis quatre heures pour faire l’ombre de deux fleurs... pas mal !! Les peintres népalais prennent entre 3 et 6 mois, 6 jours sur 7, 13 heures par jour, pour faire un Tangka. C’est l’art de la patience ! En tout cas, il ne s’agit pas vraiment d’un art créatif. Les Thangka représente des Mandalas, le Samsara ou cycle de la vie, la vie de Bouddha ou les divinités protectrices. Le moindre motif ainsi que leur couleur sont ancrées dans la tradition que les maîtres transmettent minutieusement.  

 

Voilà que je me découvre de nouvelles activités… et peut-être bientôt, le Yoga !

Par Co
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Jeudi 1 décembre 2005

Me voici depuis presque quinze jours à Katmandou et déjà une petite routine s’installe.

Le matin, je vais à pied jusqu’au bureau de Planète Enfants, traversant des ruelles partagées par des écoliers en uniformes, des bicyclettes transportant des bidons d’eau, des motos zigzagant, des taxis, et de temps en temps, une 4×4… (et c’est priorité au plus gros… la loi du plus fort… le piéton n’est qu’un toute petite fourmi dans le dédale des rues de la capitale du Nepal), et bordées de minuscules boutiques d’ « objets en métal et en plastique », de « beauty parlour », d’appartements passoires où des népalais s’entassent et de grosses baraques… il y a même sur mon trajet la maison du premier ministre (baricadée derrière des barbelés et des murs sur lesquels des petits hommes verts - militaires de l’armée du roi - montent la garde et derrière lesquels il jouent au badminton…), son domaine commence juste un peu après la place où des miséreux attendent l’arrivée des poubelles pour faire leur marché. Ce que j’aime dans une ville, ce sont les contrastes entre les quartiers qui dégagent des ambiances particulières… Mais à Katmandou, ce qui me frappe aujourd’hui, ce sont les contrastes à l’intérieur des quartiers… au niveau de la richesse des habitants, mais aussi de religion, d’origine…

Pendant la journée, je bosse… Je commence à voir un peu plus clair dans le projet. Je m’interroge encore sur le pourquoi de ma venue ici… pourquoi avoir engagée une européenne qui coûte finalement bien cher pour ce projet ? pour organiser, structurer, donner un coup de pouce pour activer le processus. Les deux népalaises avec qui je travaille sont bosseuses mais elles ont du mal à voir le projet dans sa globalité. Je vais donc essayer de leur apporter des outils pour structurer le projet… en douceur… sans imposer.

Je reviens chez moi, il fait déjà nuit noire. Je prends un bouquin ou j’allume la télé (pour zapper entre les clips Bollywood et TV5 Asie)… tranquillement, dans le grand salon… collée à côté du feu de bois ou du « heater » (ce mini chauffage qui fonctionne au kérosène… il est devenu mon ami finalement !).

Ces derniers jours, je suis passée à Thamel… et oui ! toujours ce fameux Thamel… ces multiples boutiques et ses appels « Namaste !!! Excuse me… Excuse me… Can I ask you something ?... » et ses murmures « Do you smoke ?... Hashish…» à quelques mètres d’un groupe de petits hommes bleus - la police armée du roi - il y en a qui n’ont pas peur… ou qui n’ont rien à perdre… Thamel, c’est aussi ces enfants des rues qui abordent les touristes - il y en a un qui entame la conversation en récitant les capitales des pays du monde… les même qu’il y a un an et demi… Oui, ce sont les mêmes enfants… en plus de tous ceux qui sont arrivés, fuyant la violence des campagnes éloignées pour se réfugier en ville et découvrir une autre violence… et ce sont des gamins d’à peine 10 ans que l’on croise en train de sniffer leur sachet de colle en allant chercher de l’argent à la banque. Ces enfants… qui font tout pour survivre… Il y a une semaine, un touriste dénonce un autre touriste qui ramenait chaque soir quelques uns de ces enfants des rues dans sa chambre… Le flagrant délits a foiré… l’affaire n’ira probablement pas beaucoup plus loin… Mais ça, à Thamel ou ailleurs… c’est pareil… Des histoires comme celle-là, il y en a plein mais les approcher fait prendre conscience de cette réalité du monde.

Et je m’endors sur toutes ces pensées… dans ma grande chambre froide.

Par Corinne
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Dimanche 11 décembre 2005

Le vendredi soir, l’ambassadeur de France faisait une réception pour le Beaujolais Nouveau (un peu en retard, il est vrai). Un buffet « bonne franquette » dans les jardins de l’ambassadeur : des fromages, du pâté, du pain français et bien sûr, du Beaujolais.

Le samedi matin, le Rimpoche délivre son enseignement au Monastère Blanc… voilà que je m’introduis dans le petit monde des fervents bouddhistes occidentaux qui viennent passer plusieurs mois par an à Katmandou pour suivre des séminaires et faire de la méditation. A la fin de l’enseignement, j’ai été me présenté au Rinpoché avec le rituel d’offrande habituel… en grande cérémonie, j’ai offert une Khata, une écharpe blanche, en signe de remerciement, qu’il m’a ensuite remise, signe de compassion.

Le Monastère Blanc est situé à deux pas de Bodnath… ce lieu où chaque instant de la journée apporte sa vibration particulière… Les yeux du Bouddha… qui voit qui sait tout… Le mandala de la base symbolisant la terre, le dôme blanchi à la chaux et recouvert de safran lors des grandes fêtes symbolisant l’eau, la flèche représentant le feu, le parasol symbolisant l’air et le pinacle symbolisant l’éther… et ces milliers de drapeaux multicolores laissant flotter les textes sacrés dans ce cosmos miniature… et puis, le mouvement incessant de la marche des pèlerins tibétains autour du stupa et des moulins à prières laissant s’envoler un mantra lorsque les pèlerins les font tournoyer… le mouvement de la vie. Du haut du stupa, on aperçoit les sommets enneigés de la chaîne himalayenne… si proche…

Le samedi après-midi, l’ambassade d’Angleterre organisait un marché de Noël Fair Trade… On y vendait des boules de Noël mais pas de sapin... Pour tous ceux qui se pose la question… il n’y a pas de fêtes de Noël à Katmandou… pas de lumière dans les rues ou de père Noël déambulant… Mais tout de même, samedi, le père Noël (alias Denis… le policier de l’ambassade de France – un habitué des déguisements !) est passé à l’école française et j’ai pu voir quelques boules accrochées dans une rose de Noël géante dans le jardin d’expatriés français. Et dimanche, j’ai pu assister à la répétition de la chorale de Noël de l’église catholique de Katmandou… une chance incroyable en fait ! Il y a 0,2% de la population népalaise qui est catholique et il se fait que je vis avec le pasteur de l’église ! Mais Noël et Nouvel An seront quand même fêté entre expatriés… heureusement que ces fêtes tombent un samedi cette année !!

Samedi soir, pizza autour d’un brazero sur une terrasse de Thamel avec des expats… Les expats… réellement intégrés ou pas… je ne juge rien… Les expats sont super accueillants et chaleureux… ils ont tous vécu l’arrivée dans un pays inconnus… et savent comme il est difficile de rencontrer des gens… Ils accueillent tous les nouveaux à bras ouverts… une simplicité de contact rare en Europe… où tout le monde a déjà son cercle d’amis…

Dimanche, je me suis balladée avec Mireille… Mireille, c’est un poême… Mireille elle a vécu plein d’expériences dans pleins de pays… woofeuse en Australie, bergère en France, musicienne en Tasmanie, travaillant dans une ONG en Thaïlande et puis la voilà au Népal… c’est le genre de personne qu’on ne rencontre qu’ailleurs… Elle a un peu le même profil que Stéphanie… après 10 ans de travail en France… elles ont tout lâché pour s’engager ailleurs. Difficiles de leur donner un âge… en calculant le nombre d’années d’expériences, elle doivent au moins avoir 40-45… mais quelle énergie !

Et le soir, un spaghetti à trois… Stéphanie, Mireille et moi… collées près du feu… un moment hors du temps et de l’espace (où sommes-nous finalement ?).

Voilà… un week-end à Katmandou… la routine ici… Je vis des expériences contrastées, dans une ville contrastée… pour moi, le contraste n’est pas négatif en soi… Je vois, je constate, je me questionne… c’est un peu pour cela que je suis partie… tout cela est-il négatif ??

Par Corinne
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Vendredi 23 décembre 2005

Aaah, m’y voilà, depuis 1 moi c’était LA perspective a atteindre ! Si chaque moment d’un tel voyage a sa petite part d’inoubliable, l’arrivée est de l’ordre de la plus merveilleuse des récompenses. 

23h55. J’ai finalement trouve une sorte de sonnette. Tous les chiens du voisinage sont aux abois. Un jeune Népalais vient vers la grille. Elle s’ouvre à demi en grincent de partout.  

« Does Corinne live here ? », je demande encore très hésitant par rapport à l’endroit ou je me trouve.

« Cowrin ? » s’interroge mon jeune ami dont l’expression soudain s’éclair et part en généreux sourire : « Oh, you are Corinne’s boyfriend ? » et la grille qui s’ouvre pour me laisser passer. « Yes, come in, you’re welcome ! »   

 

Là soudain c’est l’instant de grâce pur, je sais que cette partie de voyage est finie, que Corinne dors dans sa « grande chambre froide » quelque part derrière l’un de ses murs vers lesquels nous nous dirigeons. Nous entrons. Je pose mon compagnon de sac dans un coin du corridor resté sombre. Pour lui ça ressemble à une délivrance. Il en a subit des soutes à bagages, des étagères de wagons et des heures passées dans le froid ligoté, compressé, transbahuté sur le toit de bus de nuits ! Il a même fait des fonds de calèches ! Mais là, un répit lui est offert.  

 

Tilagk, qui m’a accueilli, est monté et chuchote quelques mots à une porte.  

 

« Benoit ? » j’entends en haut de l’escalier la douce voix tant espérée.  

 

Yahooou !  

 

Bien avant cela, je peux dire que j’ai un peu foiré ma traversée de l’Inde. 3 jours (72H) de Visa c’est trop court dans un pays comme ça ! Bloqué à New Delhi, ne pouvant avoir rapidement un nouveau train comme je l’avais prévu pour poursuivre, j’ai du me résoudre à prendre un taxi pour qu’il m’amène à la frontière la plus proche avec le Népal. 9h de trajet plus tard (pas bon pour la cotisation à Negawatt ça !) je suis arrivé dans un endroit inconnu (Bambassa), région assez paradisiaque à cette saison, faite d’eau et de végétation luxuriante, de petites maisons typiques en terre paille, des buffles bien gras, de chevaux et des gens souriant. Wouaw, j’en suis encore sous le charme !  

Ce qu’à ce moment là je ne savais pas encore, c’est que c’est dans cette région (le Teraï) que « Planète Enfants »  effectue son travail de terrain. Quelques heures de bus plus tard, justement, je réveillais la maisonnette de l’organisation à Katmandou, et retrouvais Corinne ! 

Yeaaah !

 

 

 

Par Ben'
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Mercredi 28 décembre 2005

Nous voila donc ensemble à Katmandou.

Ma première mission, le lendemain de mon arrivée triomphale, fut de ramener du bois pour le feu. Ne voulant pas décevoir mes hôtes (qui s’avèrent être 3 charmantes hôtesses), Stéphanie, Mireille et Corinne. J’espérais donc pouvoir dénicher un bois labellisé FSC (issue d’une sylviculture durable), mais ne connaissant pas encore assez la ville, je fus simplement bien content de rapporter quelques vulgaires bûchettes. 

Ma bien aimée allait dès le lendemain commencer à remédier en partie à mes lacunes en me faisant tourner autour d’un temple où les fidèles hindous viennent déposer pieusement un puja, rencontrer Thamel l’incontournable, contourner Durbar square et ses palais avant une première modeste introduction à la méditation dirigée lors d’une séance de relaxation « Yoga Nidra » (le Yoga du sommeil) permettant la rencontre de Bouddha… pour ceux qui ne s’endorment pas comme moi !

 

Le soir même nous fêtions « Noël » en plein air (ça caillait un peu cette fois… faire une soirée dehors le 24 décembre, quelle idée !) à l’Alliance Française, avec un majestueux repas de fête composé de momos et de frites (ben oui, ils n’ont pas trouvés de dinde, alors ils ont fait ce qu’ils pouvaient), arrosé de bières, partagés par quelques expatriés (une toutes petite poignée… ont-ils vraiment tous déserté Katmandou pour fêter Noël dignement ?) et d’une centaine de jeunes étudiants Népalais de l’Alliance déchaînés. Les traditionnelles retrouvailles entre famille et amis, et les réjouissants repas qui s’en suivent nous manquent certainement (surtout le homard!… mais non bien sûr, surtout votre présence à tous). L’absence d’ambiances fastueuses et de consommations frénétiques permet par contre de revenir à l’essentiel. Il y plus de 2000 ans un être généreux et pieux parcourait les routes du monde et appelait d’une manière exemplaire, presque divine, à la paix, au don de soi et à la Fois dans le mystère de nos vies.

C’est à cette occasion que nous étions également les invités de la messe de Noël à l’église Protestante de la famille népalaise qui vit avec nous. Une cérémonie qui dura toute la journée (entrecoupée d’un copieux pique-nique servi dans des assiettes jetables en feuilles de bananiers – ce qui est nettement plus écologique et sympathique que le plastique) et qui inclus les fiançailles de Shiva, notre home keeper (petite remarque : ici, ce sont les témoins qui passent la bague aux doigts des fiancés… pas de contact physique avant le mariage !?) et des danses et des chants préparés avec soins par les enfants de la paroisse. Lors de cette journée, les chants ont pris une place prédominantes, la chorale les entamant avec beaucoup de ferveur et vivant des moments d’illumination...

Ce retour à la religion chrétienne fut, pour notre part, complété par le tour de la stupa bouddhiste de Swayambunath. Cette journée, doublement spirituellement métissée, se termina au coin d’un feu de bois (dorénavant, un grand classique du dimanche soir dans notre petite communauté de Bishal Nagar…), avec des crêpes et des fraises (les « Fraises de Noël », vous ne saviez pas que ça existait ?), ce qui compléta merveilleusement cette trinité.
 

Par Benoit & Corinne
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