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Vendredi 6 octobre 2006

Le 28 septembre, nous passons la frontiere entre l'Inde et le Pakistan. Pour marquer ce passage, nous assistons a la folklorique fermeture des grilles separant les deux pays voisins et la levee des drapeaux. La choregraphie confrontant les deux equipes des gardes-frontieres a coup de talon et cris feroces, nous rappelle les affrontements entre les deux freres enemis. Issus de la meme mere-patrie, l'Inde et le Pakistan se sont toujours regardes du coin de l'oeil avec mefiance, alimantant l'animosite qui a amene leur division. A l'independance de l'Inde en 1947, la haine entre hindou et musulman a mene a la partition, les musulmans s'exilant vers les terres du Pakistan et du Bangladesh, les hindous fuyant vers l'Inde, les uns tuant les autres sur la route. Les deux pays ont continue a se disputer l'etat du Kashmire. Aujourd'hui plus que jamais, un dialogue de pays s'est ouvert entre les ministre montrant une volonte reelle de sortir du conflit autrement que par la violence.

Nous voila donc en terre d'Islam... Le dhoti de Benoit devient chador pour Corinne... Les femmes se rarifient et s'assombrissent dans les rues. Discretes, elles nous observent de leurs grands yeux bruns soulignes de khol noir cachees derriere leur voile. Les hommes sont tres chauleureux, l'accueil musulman... Ils n'adressent la parole qu'a Benoit et reservent a Corinne des signes distants mais acceptent facillement qu'elle s'insere dans la conversation. Eternelles questions "Where you from" (Japan? China? America?... Belgium!? In Russia?... Europ!? Oh yes Europ!... Ce qu'ils connaissent de la Belgique, pour ceux qui connaissent, c'est le verre, les diamants, les miroirs et... les armes! Super!) ; "Your good name? What is her name? Who is she" (friend? sister? wife?). Nous sommes maintenant "mari et femme", ce qui est accueilli avec un grand sourire puis "Aaah, very good!!... Children?" et puis evidemment "No children... why?" Et ce genre de conversation ne manque pas... les Pakistanais sont tres contents de nous accueillir dans leur pays, de nous parler et de nous donner leur numero de GSM en disant "If you have any problem in Pakistan, call me... you are my brother". Et l'accueil se traduit par geste... meme quand on ne le desire pas, on se retrouve avec un the, de l'eau, un bouteille de coca (beurk!), une pomme... dans les mains. Et encore, c'est limite par le ramadan.

Le ramadan, jeune de 5h a 18h, vient de commence. Pendant la journee, le restos sont fermes ou vides. A 17h50, tout s'arrete, les pakistanais s'installent, une assiete devant eux, priant en regardant leur montre... A 18h00, tout le monde mange dans la rue, les magasins, les trains... nous aussi. Les pakistanais parlent du ramadan avec beaucoup de conviction, pourtant... derriere les murs des maisons, le the, les fruits et autres encas sont souvent avales sans scrupules. Le ramadan n'est pas respecte a la lettre par tous, meme si ils y a des durs. Ce qui nous semble difficile (outre le fait de devoir refuser les offres de ceux qui ne comprennent pas que l'on ait envie de respecter leur pratique) est de ne pas boire... il fait tellement chaud, on transpire tellement (deja sous un voile blanc... sous un voile noir, ce doit etre un hammam!)... on boit quand meme. Par contre, apres le petit dejeuner, on attend le moment ou ils se ruent sur la bouffe pour les accompagner.

Les pakistanais sont carnassiers... le regime vegetarien semble completement absurde (nous qui y avions pris gout!). Les poulets et les carcasses de moutons pendent devant les echoppes (pour attirer le client?), les marmites huileuses bouillonent, les naans sortent tout chaud du tandoor.

Nous passons quelques jours a Lahore. Un nuage gris plane sur les avenues de cette metropole polluee et poussiereuse. La vieille ville, un enchevetrement de ruelles congestionnees ou de droles d'embouteillages (un melange de moto, char a ane, velo, pieton, camionette, char a boeuf) nous freine, nous plonge dans un autre temps. Notre perigrination nous amene a la mosquee et au fort, vestige de la periode moghole et des empereurs au noms desormais familier (Aurangzeb, Shah Jahan... les memes qui ont erige Delhi et Agra). Autour de la vieille ville, des grandes arteres bordees d'arbres, sont parcourues le dimanche par quelques voitures et motos de sport pleins gaz. Apres nos visites, nous retournons dans notre guesthouse ou s'entassent les backpackers parcourant le monde d'un bout a l'autre. Plus de place pour sortir nos nattes de yoga... les horaires, les habitudes alimentaires, les prix, ainsi que les relations avec les locaux nous obligent a nous readapter... definitivement, nous ne sommes plus en Inde.

A 6 heures de train de Lahore, la ville de Multan. Des mausoles sufi (cette fois, l'empire moghole, c'est termine) nous devoilent leur architecture rondelette et leur mosaiques bleutees.

Encore un peu plus loin, nous nous arretons pour quelques jours dans la petite ville de Bahawalpur. De la, nous partons en excursion vers Uch Sharif, un mausole sufi celebre, et l'impressionant fort de Derawar, au porte du desert du Thar de l'autre cote de Jaisalmer.

Calmement les paysages defilent... on est bel et bien en route. Que nous restera-t-il de nos experiences en Asie lorsque l'Orient nous en aura encore amene d'autres? On commence deja a sentir vers ou l'on va, l'Europe, la maison. Pourtant l'Inde, les Bouddhas, les Sadhus, les Rimpoches, les Yogis, les Swamis sont encore la juste derriere nous, et se retrouvent confrontes a Allah, au prophetes et a toutes des nouvelles regles de bonnes conduites, qui ne correspondent pas. Comment s'ouvrir et accepter ce qui nous vient la, sans laisse et renier ce qui nous faisait progresser juste avant. "Are you muslim?" "No", "Are you christian?", "Do you want meat?". Tout change, les styles, les couleurs, les musiques changent, les noms de Dieu changent, les horizons se precisent. Nous sommes les observateurs (observes) privilegies des verites de ce monde. Puissions-nous, sans attachement, en faire le meilleur usage.

Allah Akbar!

Par Corinne & Benoit - Publié dans : Pakistan
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