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Articles/Sujets

Texte Libre


Mercredi 5 avril 2006

Petit bilan intermédiaire, après ces 5 mois de travail a Katmandou pour Corinne et quelques mois sabbatiques sur les routes du globe pour Benoit, avant d’entamer le plat consistant : l’Inde ! 

S’installer a Katmandou et y prendre ses habitudes quotidiennes permet d’aller au-delà des relations de business qui peuvent s’établir avec des touristes… A côté des marchands de Thamel, des taximen arnaqueurs et des Tibétains baratineurs du Langtang, il y a tous ces népalais que nous avons rencontré, simples, gentils, serviables et discrets. 

Par le travail et l’investissement sur un projet commun, Corinne a pu approfondir la relation avec ses deux collègues directes : Sailu, une Newar, douce et sensible, et Pooja, une Brahmine, fière et dynamique. 

Le système de caste au Népal n’est pas visible à l’œil occidental du premier regard, pourtant il imprègne les relations entre les népalais. Les histoires des filles qui arrivent dans les shelters sont liées a ces problèmes de caste ou de dote (pouvoir et argent sont partout les sources de la violence). Et ce système reste présent dans l’esprit de toute la population même chez ceux qui se disent égalitaire, comme Sailu qui est contre la discrimination mais qui mariera sa fille a un Newar, et qui a du mal à imaginer vivre dans un pays occidental, sans didi, sans jardinier, sans chauffeur… Pourtant, elle pense, comme beaucoup d’autres, à partir… pour la sécurité de sa famille et l’éducation de sa fille… Pauvres ou riches, tous les népalais voient leur pouvoir d’achat diminué et regardent leur pays dépérir. Il n’y a plus d’espoir dans ce pays aux milles richesses naturelles.

Objectif du millénaire… éradication de la pauvreté… on en est loin ; pire, on s’en éloigne ! Le conflit armé, l’indifférence du roi pour sa population, l’utilisation détournée des rentrées financières du pays et la fuite des intellectuels freinent le développement du pays et entraînent les népalais dans une grande précarité. Pas de routes, d’hôpitaux ou d’écoles nouvelles qui pourraient justifier les taxes et les impôts… Une situation politique réellement exécrable, paralysante, ne laissant place à aucune alternative visible globalement soutenable.

Par contre, certains expatriés ont tout de même développé des projets qui nous ont vraiment touché. Pierre Soete, un Belge, installé au Népal il y a 5 ans, passionné de montagnes, a créé avec des médecins népalais un Hôpital de chirurgie orthopédique et traumatologique (Nepal Orthopaedic Hospital) ouverts a tous et visant l’autonomie financière (pas évident vu les moyen financier de certains), la formation de jeunes chirurgiens, infirmières et personnel soignant (pas évident vu l’envie de chacun a quitter le plus rapidement le pays). Couleurs Himalaya, créé par une francaise vivant a Katmandou, est une petite ONG travaillant dans une vallée du Dolpo, une région protégée du tourisme par un permis de trek de 600$, argent qui ne va pas pour autant au développement de cette région. Un petit projet autour d’une école… un projet sobre, local et intégré. Jean-Christophe Rykmans, un belge, a développé des projets pour les enfants des rues de Katmandou qui les responsabilisent et les rendent acteurs de leur propre développement, un travail de terrain basé sur la confiance. Enfin, Chris et Michael qui sous la carte de leur Jayandra asbl voyagent d’une manière toute particulière, a chaque fois tentant de s’investir sur des projets sociaux qui en font la demande et avec quelques fonds récoltés en Belgique financent des projets dans des villages reculés, des écoles, des orphelinats, au Népal. Voilà des projets a dimension humaine, ou chaque centime va pour satisfaire des besoins essentiels de populations locales. Nettement moins médiatiques et brassant moins d’argent que les ONG multinationales, leurs actions discrètes n’en sont pas moins efficace.

Lors de notre séjour, nous avons aussi de chercher et finalement trouver de bonnes adresses pour le yoga, la méditation, les massages, la médecine ayurvédique… Et c’est autant de belles rencontres que nous avons fait.

Notre professeur de yoga, une américaine mariée à un népalais, nous a introduit au yoga d’une manière douce et progressive et donner beaucoup de bonnes adresses à Katmandou. Notamment, l’adresse du médecin ayurvédique que nous avons été voir.

Le docteur Sarita est d’une grande gentillesse ; son sourire est radieux de compassion. En prenant notre pouls, elle a pu déterminer notre constitution actuelle, c’est-à-dire l’équilibre entre les trois Doshas (Vata, Pita, Kapha), mais aussi notre constitution de naissance pour voir s’il y a eu, par notre mode de vie ou des évènements particuliers, un déséquilibre entre les Doshas. A partir du moment où elle avait compris notre constitution, elle a pu parler de nous avec une incroyable justesse. La médecine ayurvédique est vraiment très intéressante. L’être humain est perçu dans sa globalité. Chacun d’entre nous a une constitution particulière et tout ne convient pas à tout le monde… que ce soit pour la nourriture, les médicaments ou les activités. La médecine moderne a découpé le corps en petit morceau et offre les mêmes médicaments à tout le monde… avec du recul, ça paraît même un peu insensé ! 

Le yoga et la méditation, philosophies et disciplines de vie apparues il y a plus de 4 milliers d’années, avant toutes les religions actuelles, sont porteuses d’espoir, de sérénité et de paix. Ces techniques proposent la mise en pratique des choses très simples comme l’observation de son corps, de l’énergie qui le traverse, toujours attentif a ses sensations, sa respiration, son environnement. De même, elles permettent le développement de la concentration, de la souplesse de corps et d’esprit, de la mobilité et des capacités d’adaptation. Détermination sereine, focalisation bien veillante dans l’instant présent et observation de la modification permanente des choses de la vie, discernées tels quelles sont ! Un chemin pour restaurer harmonie, apporter clarté d’esprit et bien être. Benoit s’est rapidement laissé happer par cette voie, tout le reste n’étant plus que prétexte à son expérimentation. 

Maintenant, nous poursuivons notre route ouverts a de nouvelles experiences et souhaitons bonne chance a toutes celles et ceux que l’on a eu la chance de rencontrer ici, … Stéphanie, Mireille, Santos, Marie, Tilak, Shiva, Jenny, Sté, Isabelle, Lisa, Denis, Carine, David, Gaël, Sandrine, Marie, Pierre, Christelle, Stéphane, Chris, Michael, … pour leur accueil, leur investissement dans la vie et tout ce qu’ils nous ont apporté.

Namaste Népal !!

Par Co & Ben - Publié dans : Nepal
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Samedi 18 mars 2006

Après une longue route chaotique (11h de route pour 148 kilomètres…). Nous arrivons dans la région du Langtang au cœur de l’Himalaya… En poursuivant cette route, nous pourrions traverser la chaîne de montagnes et arriver au Tibet… mais nous avons choisi de nous arrêter dans le petit village de Syabru Besi, situé à 1460 m, au bord d’une rivière que nous ne quitterons plus durant les cinq jours de notre trek.

Le matin du 8 mars, nous laissons la route pour prendre un chemin qui nous mènera à quelques enjambées des plus hauts sommets du monde… Le chemin longe la rivière à travers des bois… Nous passons dans des villages, ou plutôt des rassemblements de Lodges. La vallée s’étire vers de hauts sommets.

Le soir, nous logeons dans une guest house sommaire mais sympathique dans un lieu encaissé entre les montagnes et protégé par la forêt, appelé Lama Hotel. Les logements ne sont pas cher du tout… on peut même dire gratuit ! Il y a plus de guest house que de touristes… les prix sont rabaissés… tous finissent par nous proposer la chambre gratuite… plus de différences entre les petites guest house rudimentaires, et celle un peu plus équipée (pas de bol pour les premières). La chambre est donc gratuite mais les tibétains n’ont pas perdu leur esprit marchand pour autant… ils se rattrapent, et plutôt largement, sur la nourriture… et plus on monte, plus c’est cher, logique… dans une certaine mesure. Les touristes ayant atterris deux jours plus tôt et débarqués à Thamel ne se rendent pas vraiment compte du prix (c’est sûr… par rapport à la Suisse !) mais pour nous… En fait, c’est surtout que le Dalhbat, plat quotidien, ou les pommes de terre du Langtang avec du fromages de yak est aussi cher que le spaghetti sauce tomate… et là ce n’est plus logique du tout ! Pas moyen de faire attention au budget… il n’y a pas d’alternative.

Le lendemain matin, nous reprenons notre chemin… La forêt est de moins en moins dense et la vallée s’ouvre de plus en plus. Le sommet enneigé du Lantang Lirung (7234m) s’offre soudainement à notre regard. Nous progressons dans un paysage devenant de plus en plus aride, mais grandiose, habitée par les yaks. Une impression de grandeur… d’espace… nous prend. Nous atteignons le village de Langtang, qui rassemble un nombre de lodges un peu plus important mais nous continuons notre route jusqu’au hameau de Mundu.

Le lendemain matin, nous atteignons rapidement Kyajin, le point culminant de notre trek… 3850 m. Le temps se couvre. Nous nous arrêtons dans une guest house pour nous reposer et décider si nous descendons ou si nous poussons la marche un petit peu plus loin. Mais voilà que des flocons de neige tombent sur le sol. Surpris, nous décidons d’attendre que le nuage de neige passe… mais ce sont les heures qui passent. Nous ne sommes pas équipés pour affronter la neige… Nous voilà coincé à presque 4000 m d’altitude par la neige !! Nous décidons d’attendre le lendemain.

Les lodges qui nous accueillent sont fabriquées en bois… certaines en pierre… avec de larges fenêtres pour que les trekkers puissent admirer la vue, et parfois de grandes pièces pour pouvoir accueillir de grands groupes… sympa… quand il ne fait pas froid ! Les interstices entre les planches nous permettant de voir de l’autre côté du « mur », laissent aussi passé le vent hurlant et des flocons de neiges. Autant dire que nous restons coincé autour du feu, au milieu de la grande salle à manger, comme la famille qui nous accueille et qui restera la nuit à dormir par terre au coin du feu.

L’adaptation aux désirs des touristes et le souci d’économie a poussé les tamangs et les tibétains exilés de cette région à délaisser leur habitat traditionnel pour des cabanes que l’on peut qualifiées de tout à fait inadaptées… Une liasse de billets vaut-elle plus qu’un habitat chaud (même si petit et sombre… c’est d’ailleurs pour ça qu’il est chaud). Mais les habitants de cette région ne font pas qu’abandonner leurs maisons… ils abandonnent aussi leur métiers. Notre hôte à Kyajin ne possède plus de yaks et de terre… plus qu’une guest house qu’il a mis dix ans à construire. Mais voilà, quand le tourisme s’écroule… c’est la région qui s’écroule. Le tourisme et l’argent ayant amené de nouveaux besoins, la chute est douloureuse. Il n’y plus qu’un espoir… partir. L’espoir repose encore sur les touristes… L’espoir c’est le « sponsor ». Des occidentaux sponsorisent la scolarité d’enfants de ces régions dans des écoles privées de Katmandou. Evidement, on ne peut pas être contre l’éducation des enfants… mais ce système nous pose question… ces aides individuelles et ponctuelles renforcent l’exode rural et compensent un des nombreux manques de l’état (qui avalent sans remord les taxes payés par les népalais et les touristes sans en cracher une route, une école ou un hopital). L’école de Langtang n’est pas bonne… mais l’état s’en fout… les habitants ne revendiquent rien… ils attendent l’aide d’un occidental qui passera… Dans ce contexte, comment pourrait-il y avoir un mouvement social consistant ?

Le lendemain, c’est plus d’un mètre de neige qui entoure la maison en bois et les légers flocons de neiges continuent à se poser sur cet épais manteau. Nous ne voyons plus les hauts sommets qui nous entourent.

Nos hôtes nous disent qu’il ne faut pas partir tout de suite, qu’il faut attendre que d’autres personnes partent vers Langtang… Nous décidons d’acheter à notre hôte – qui a justement un magasin – des gants, des chaussettes et un bonnet, le minimum d’équipement pour affronter la neige. Nous sortons donc de la maison que nous n’avions pas quitté depuis le début de la chute de neige. Nous en revenons essoufflés par l’effort de la marche dans plus d’un mètre de neige (notre hôte nous ayant amené à son magasin par le chemin le plus court et le plus enneigé, vierge de toutes traces !), les pieds gelés et complètement découragés pour descendre à Langtang (4 heures de marches, selon les dires…). Nos hôtes vont nous brancher sur un groupe de sherpa qui descendent au village vers une heure, ce sera plus facile. Mais finalement, il y a trop de neige, ils partiront demain. Mais, peut-être, une autre personne partira à deux heures… mais peut-être demain.

A une heure de l’après-midi, Benoit prend une décision… on part… on essaye d’aller jusqu’à Langtang avant la nuit… Notre hôte nous tend alors une carte de visite… « A Langtang vous pouvez aller au Namaste Lodge… c’est chez mon frère » (ce n’est pas la première carte que l’on reçoit en main à vrai dire).

Prenant notre courage à deux mains, nous nous élançons dans la neige… et finalement nous découvrons dans la neige un chemin bien tracé que de nombreuses chaussures ont piétiné aujourd’hui…

Les mauvaises infos données par nos hôtes ne sont pas innocentes et anecdotiques… cette situation s’est reproduite plusieurs fois pendant notre trek… Tout les arguments mensongers sont bons pour nous retenir pour un repas, une nuit de plus… Business, business… mais c’est exaspérant et en montagne, ces mensonges sur les durées de marche, les distances ou l’état des chemins pourraient même être dangereux. Nous ne faisons plus confiance.

Nous descendons donc rapidement le chemin parfois bouchonné par un troupeau de yaks et nous atteignons quatre heures plus tard, sous une neige battante, le refuge de Goratabela (bien plus bas que Langtang). Nous nous précipitons autour du poêle pour sécher nos vêtements.

Autour de feu, se trouvent trois japonais, coincé là par la neige, l’hélicoptère qui devait les ramener à Katmandou n’a pas pu atterrir ! Fêtant leur dernier jour de trek, le guide-animateur switchant entre le nepali, le japonais et l’anglais, nous offre un petit morceau de pizza, un morceau de gâteau et un verre de skotch, avant de pousser la chansonette ! Nous restons, amusés par ce divertissement du soir (si rare dans cette région), collés au feu qui sèche nos vêtements, centimètre carré par centimètre carré…

Au réveil… c’est un spectacle de toute beauté qui s’offre à nous. Le soleil se lève sur les montagnes… Le ciel est d’un bleu presque irréel. La forêt dans laquelle nous marchons nous laisse apercevoir les sommets blanc éclatant. Bientôt, nous quittons la neige. Les couches de vêtements tombent… le soleil nous réchauffant rapidement dans la vallée au climat tempéré.

Pour ne pas prendre le même chemin qu’à la montée, nous repérons un autre chemin sur la carte. Nous demandons combien de temps cela prendrait pour aller jusqu’à Dunché… un homme de Bamboo Lodge nous dit que c’est long et qu’il faut dormir dans un village appelé Thulo Syabru (tout proche sur notre carte)… puis il nous tend une carte de visite en nous disant « Vous pouvez aller dormir au Yak Hotel… c’est chez ma sœur »… Plus confiance… plus du tout !! Et donc, on s’embarque dans ce chemin… Sauf que la carte était vraiment mal faite… la dénivellation beaucoup plus importante que prévu et le genou de Corinne devient douloureux… La marche devient un peu rude mais nous offrent des vues toutes nouvelles sur la vallée sillonnée et les montagnes qui l’entourent.

Nous arrivons enfin à Thulo Syabru. Un magnifique village sur une crète. Il est déjà tard. Tout le monde nous conseille de rester dormir là (l’aurait-on cru ?). Mais problème… nous avions calculé juste nos jours de treks pour reprendre le bus le jour avant le blocus annoncé par les maos. Il nous faut donc atteindre la route aujourd’hui. Nous repérons sur la carte un chemin descendant directement sur le village de Syabru Besi (notre point de départ)… une heure et demi selon les femmes. Possible avant la nuit… Trois heures selon les hommes. Pas possible ! Qui le fera, saura qui a raison… avec la lenteur de Corinne qui se tortille sur le chemin, nous prenons finalement 2h pour arriver en bas et traversons, cassés, le dernier pont lorsque la nuit tombe sur le village.

Nous y sommes arrivés !! Mais voilà qu’on nous annonce que les bus ne roulent pas… c’est banda ! Si les maos commencent à décréter banda les jours où il n’y pas blocus, on ne s’en sort plus ! Il n’y plus qu’à attendre le lendemain et voir.

Peu avant 7h, l’heure de départ du bus, Benoît guette la rue pour y repérer un mouvement… mais rien, tout est calme, la rue est vide. Vers 7h15, un homme traverse la rue, ouvre la porte du bus et donne un coup sur le klaxon. Une vingtaine de personnes sortent des maisons qui bordent la rue et se précipitent vers une petite cabane de bois pour obtenir un ticket. Benoit revient en vitesse dans la chambre « Le bus part quand même, je prends des tickets ? »… ben oui ! (après une minute de réflexion : « ce n’est pas dangereux d’être sur la route un jour de banda? »). Et nous voilà dix minutes plus tard, assis dans le bus, habillés (enfin, plus ou moins bien), avec nos sacs (rien oublié ?) et un « tibetan bread » dans la main…

L’ambiance dans le bus est un peu étrange au début. Le chauffeur s’arrête à chaque fois qu’il croise quelqu’un (piéton ou camion) pour s’informer d’une éventuelle présence mao sur la route… tous les passagers silencieux tendent l’oreille… mais nous poursuivons notre chemin… la route semble libre. L’atmosphère se détend et devient même burlesque quand des enfants commencent à clacher de l’eau sur le bus (et particulièrement sur les passagers installés sur le toit). C’est le début d’une fête hindoue, la Holy Day, qui se poursuivra le lendemain avec un clachage général d’eau et de couleur dans les rues de Katmandou !

Nous arrivons entiers dans la capitale, fatigués mais émerveillés par la beauté des paysages que nous avons traversés, un peu déçu peut-être par cette fausse hospitalité des népalais et tibétains masquant à peine le business imbibant chaque relation. Peut-être ne sommes-nous plus assez naïfs pour apprécier la gentillesse forcée et les rencontres superficielles que les touristes apprécient tant au Népal. Dans ces rencontres, c’est toute la dépendance Nord-Sud que nous voyons transparaître et vient nourrir nos questionnements.

Par Co' - Publié dans : Nepal
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Vendredi 17 mars 2006

L'émission « Interception » de France-Inter vient de consacrer un numéro au Népal et donne un aperçu qui là nous parait très justement décrire la situation ici (Népal bandas !). Pour ceux que ça intéresse ne la manquez pas !

L'émission peut-être écoutée en ligne (voir ici) jusqu'à ce dimanche (elle s’écoute dans un lecteur Realplayer, Xine, Totem ou Kaffeine après s'être connecté à Internet). Le son au début est très mauvais : on n'entend pas bien les commentaires du journaliste, Eric Valmir. Ca s'améliore nettement après 5 minutes. La première partie concerne les dernières élections. Dans la suite du reportage, on entend notamment Henry Cigaret, un Français qui vit au Népal depuis des années qui a fait construire le mur d’escalade qu’on a inauguré à Kakani, Matthieu Ricard, moine bouddhiste d’origine française qui est au monastère Sechen, dont la clinique est dirigée par Isabelle, ancienne directrice de Planète Enfants qui nous a introduit aux enseignements bouddhistes (on vous conseille d’ailleurs l’excellent livre écrit par Matthieu et son père « Le moine et le philosophe ») et Pierre Soute, médecin belge à Katmandou que nous avons rencontré plusieurs fois et dont la compagne, Marie, a fait du bénévolat chez Planète Enfants… Le monde francophone à Katmandou est petit ! Grand merci à François pour l’info et à l’équipe de France-Inter pour la production et la réalisation (Simon Tivolle, Angélique Bouin, Anne Lhioreau, … ).

Au cas ou ils repasseraient, on peut aussi signaler qu’ARTE vient de diffuser un reportage sur le mouvement Maos au Népal (Népal : Esclave des Maos) qui est sujet à polémique (Lettre ouverte à ARTE), qui elle-même se discute. France 2 a également consacré un sujet de ses derniers « Envoyer spécial » au Bouddha Boy népalais (On l’appelle Little Bouddha), qui soit dit en passant vient de disparaitre (Nepal's 'Buddha' boy goes missing). A vous de nous dire ce que vous en pensez car nous n’avons vu aucun des deux.

Et puis toujours plus de liens d’actualités sur cet incroyablement beau pays qu’est le Népal :

Népal - Une décennie de souffrances et de violences par Amnesty International en février 2006

Népal : La démocratie est toujours enrayée dans La Libre le 09 février 2006

Les Népalais entre deux peurs par F. Chipaux dans Le Monde le 19 février 2006

Par Benoit & Corinne - Publié dans : Nepal
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Lundi 6 mars 2006

Après quelques semaines de découverte du monde des Organisations Non Gouvernementales (ONG) au travers du travail, de visites, de lectures et de rencontres, nous aimerions partager avec vous nos questionnements et réflexions.

On observe un travail des coopérants engagé et généreux, c’est admirable ! Cependant, avec un regard à la fois engagé et critique, on ne peut s'empêcher de regarder avec perplexité l'aide que l'on essaye d'apporter ici (ou ailleurs). Par exemple, dans le domaine des victimes de violence, d'abus et de trafic, quels changements profonds faudrait-il pour empêcher ces violences ? Des changements politiques, économiques, culturels mondiaux ! Ou plus encore, un changement profond au sein de chaque individu pour que toute la souffrance et la violence accumulée puisse s’échapper. Un ambitieux défi face auquel les actions des ONG sont dérisoires. Est-ce bien la peine d’éponger le sang d’une plaie si on ne fait rien pour la refermer ?

Mode de vie

En fait, la nébuleuse des ONG qui gravitent autour des organisations onusiennes (ONU, FMI, OMC, Banque Mondiale) ou autre super puissances (Etats-Unis, UE, Japon) et vivent grâce à elles, manquent peut-être soit, d’une vision globale de leurs projets et de leurs combats soit, de conscience et d’honnêteté, d’aspiration à une réelle évolution. Focalisées sur leurs problématiques spécialisées, elles en oublient (volontairement ou involontairement) toute une série d’autres qui leurs sont pourtant immanquablement liées, comme par exemple la prise en compte des pressions que leurs modes de vie et les projets qu'ils défendent font subir à l'environnement.

Finalement, même si bien des expatriés (ou volontaires et bénévoles) sont des gens sensibles au mal-développement de notre monde, pourquoi, plus que les autres, ne vivraient-ils pas sans se poser de questions, dans de (trop) grandes maisons (mal orientées, mal isolées)? Pourquoi feraient-ils, plus que les autres, attention a leur consommation? Puisque ici, ils ont les moyens financiers ? Pourquoi, se priveraient-ils d’aller au resto ? Pourquoi achèteraient-ils de la nourriture locale et de saison chez le petit marchand du coin plutôt que des produits importés, surgelés, plus « safe » dans le supermarché? Et puis, un petit vin français de temps en temps… une ou deux fois par semaine… ça ne peut pas faire de mal ! Et pourquoi se priveraient-ils de prendre le taxi même pour des petites distances, c’est tellement bon marché? Pourquoi se priveraient-ils d’aller visiter leurs partenaires sur le terrain en avion alors que ça ne prend finalement que « quelques » heures de bus? Pourquoi se priveraient-ils d’un survol de l’Himalaya toujours en avion pour pouvoir ramener d'inoubliables photos de glaciers (qui fondent inexorablement) vu du ciel, à la famille lors du repas de Noël ? Et pourquoi pas encore survoler 1 mois plus tard les mêmes sommets himalayens pour visiter 3 jours Lassa au Tibet, et finalement au coeur de l'hiver, soit rentrer en Europe voir la famille, soit partir se bronzer en Thaïlande en charter, parce que Katmandou en janvier, c’est quand même froid et puis, en fait, c’est tellement proche la Thaïlande? Pourquoi les conséquences de tous ces gestes destructeurs et pourvoyeurs de souffrances pour les populations (1,2), ne sont-ils pas montrés du doigt? Pire que cela, ce mode de vie est valorisé et envié dans l'imaginaire collectif des expats, des routards et des populations locales! Chacun ici aimerait avoir sa bagnole 4x4, son GSM, son ordiportable et ses lunettes rabanes du petit employé d'ONG locale. Pourtant, quel est le bilan réel de ces projets et de tous ces efforts généreusement consentis (3)? Les ONG, leurs employés et l’argent frais qu’ils apportent ne risquent-elles pas de transformer les gens en victimes dépendantes comme le dénonce Arundhati Roy (4), d’émousser la résistance des mouvements populaires locaux, entre autre, en offrant a leurs leaders ou aux instruits des postes bien payés, des statuts et un mode de vie occidental (prédateurs (5,6,7,8)), sans jamais devoir rendre de comptes aux populations "secourues" mais seulement au bayeurs de fonds précités. On en arrive à menacer le développement du monde que l’on essaye de développer… à ouvrir encore la plaie en l’épongeant ! Mais peut-on vraiment sauver le monde ?

Rythme de travail et dépendances de financements dérisoires

Cependant nous ne voulons pas non plus mal juger ceux qui viennent ou travaillent ici. Les gens, les chefs de missions des ONG n’ont pas le temps de se poser de questions sur le sens profond de leurs actions, travaillant comme des buffles parce qu'ils sont les seuls expats (au Népal chaque ONG internationale a droit à un seul expat...) et qu'il faut faire tourner l'ONG tant bien que mal avec une équipe et des partenaires qui ne sont pas du tout dans le même rythme. Et pour satisfaire à la fois les bailleurs de fonds et les partenaires locaux, il faut s’engager dans une gymnastique parfois périlleuse. Les bailleurs qui décident à chaque moment de l’histoire quels sont les besoins et les priorités des sociétés en « voie de développement », imposent aux ONG, par des délais court de financement, un rythme et une nécessité de prouver que leurs actions ont des résultats directs et immédiats, ne laissant pas le temps et la place pour un développement alternatif, intégré, soutenable.

Et puis on s’interroge également sur ce que vaut réellement la « très généreuse » aide au développement tellement nécessaire a la survie des ONG? Bien, concrètement l’aide publique au développement destinée aux pays du Sud fut de 77 milliards de dollars en 2004 (9), dans le même temps pour comparaison, chaque année, les pays en développement déboursent plus de 370 milliards de dollars pour le remboursement de leur dette extérieure aux pays créditeurs (CADTM). Qui aide qui ? Et encore pour un autre type de comparaison, les dépenses militaires mondiales se sont élevées en 2004 à 1040 milliards de dollars, dont 455 milliards pour les seuls Etats-Unis (d’après le Rapport 2005 du Stockholm International Peace Research Institute). Depuis quarante ans, malgré l’accroissement considérable de la richesse produite dans le monde, les inégalités ont explosé (10). Peut-on se risquer a en déduire que peut-être les groupes dominants des pays riches et les élites au pouvoir des pays pauvres n’accordent pas assez de moyens pour réduire la pauvreté et la misère dans le monde ? Peut-être en distribuent-ils juste « généreusement » assez pour renforcer leurs zones d’influences respectives, afin d’être en mesure d’imposer chacun des décisions économiques en contrôlant les positions que d’autres adoptent lors des sommets internationaux et pour que tous puissent continuer a mener des politiques commerciales, financières et technologiques renforçant les causes de l’appauvrissement continu des populations déjà dans le dénuement. Les ONG étant alors un de leurs outils pour épongé le sang et faire oublier la plaie qui continue de s’ouvrir !

Comment avancer dans ce monde…

Face aux problèmes de la fragilité de l'économie mondiale, de la destruction de l’écosystème terrestre, de la sécurité et du terrorisme, des migrations clandestines et des violences, il n'y a qu'une réponse: la réduction des écarts entre les niveaux de vies dans le monde passant par une re-répartition des richesses, une plus grande sobriété du « Nord » de l’efficacité pour tous et la protection de la biosphère. Vu que l'aide aux pays du sud n'a encore jamais montré sa capacité à réduire cet écart et que ces prescriptions économiques désastreuses et arrière-pensées géostratégiques ont été révélées (9,11), nous devons donc être prêt à risquer des changements importants dans notre manière d'envisager la coopération, le développement !

… sans remise en question ?

Ce dont l’humanité a besoin, ce n’est pas d’expatriés, de missionnaires, de conquérants et d’empereurs, mais de bâtisseurs d’un vivre ensemble, partout et localement, fondé sur l’aspiration de toute personne et de tout peuple à la dignité, à la justice, à l’autosubsistance, à la liberté et à la paix (12). Nous même convaincus par les principes du « post-développement » (laisser les autres se développer selon leurs propres façon de penser et de faire, sans imposer notre façon occidentale de penser et de faire), on s’interroge sur notre présence ici et sur ce que l’on peut réellement apporter. Essayer de proposer, de partager, d’échanger… mais quand on a pas de répondant ? Ne pas imposer la structure de pensée occidentale… mais quand on ne trouve pas d’alternative ?

En attendant, on éponge ! On ne peut pas vous le cacher, on participe à ce système… avec beaucoup de questionnements et quelques tentatives de remises en questions (« Vous êtes sûrs que c’est nécessaire de prendre l’avion pour aller dans le Teraï ». Mais c’est une telle évidence pour le chef ou les collègues, parce que : « le bus, c'est lent » et que « quand on bosse, on a forcément pas le temps a perdre » et en plus « c’est pas secure »). Entre altruisme et égoïsme, le coeur balance toujours...

Vers une société économe et solidaire

On parle beaucoup de la « sustainability » des projets de développement... le monde des ONG est-il globalement soutenable aujourd’hui?

Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’économie) paraphrase cela en expliquant que les projets d’aide au développement actuels reviennent à « utiliser un lance-flammes pour enlever la peinture décrépie d’une maison et à se lamenter ensuite de ne pouvoir repeindre sous prétexte que la maison est réduite en cendres ».

En fait, « derrière la question du développement sont en jeu les finalités du travail et donc le chemin vers une société économe et solidaire » (11).

Références :

(1) Why should we be concerned by reducing carbon dioxide emissions ? par J. Houghton (Co-chair of the Scientific Assessment Working Group of the Intergovernmental Panel on Climate Change) le 25/05/2001.

(2) 2005 a été l'année la plus chaude depuis plus d'un siècle – Le Monde 25/01/2006

(3) De la fonte des glaciers himalayens aux cyclones des Caraïbes ; Les ONG toujours en retard d’une catastrophe par A. Callamard et R. Kent dans Le Monde Diplomatique d’octobre 2004

(4) Les périls du tout-humanitaire par A. Roy dans Le Monde Diplomatique d’octobre 2004

(5) Il reste moins de dix ans pour sauver la planète par M. Bauweraerts dans La Libre le 24/01/2005

(6) 1.360 experts sonnent l'alarme : à force de dégrader les écosystèmes, l'homme menace son propre bien-être d'ici à quarante ans par S. Briet dans Liberation le 31/03/2005

(7) Développement Faillite par P. Sabatier dans Libération le 31/03/2005

(8) L'épuisement de la nature menace le progrès – Le Monde 31/03/05

(9) Une « générosité » très médiatisée - Les faux-semblants de l’aide au développement  par D. Millet et E. Toussaint dans Le Monde Diplomatique de juillet 2005

(10) Vers une société économe et solidaire - Développement ne rime pas forcément avec croissance par J.M. Harribey dans Le Monde Diplomatique de juillet 2004

(11) Mercantilisme et géostratégie - Une nécessaire réforme de l’aide internationale par D. Sogge dans Le Monde Diplomatique de septembre 2004

(12) Pour abolir la pauvreté - Changer le monde, c’est possible ! par R. Petrella dans Le Monde Diplomatique d’août 2005

 

Par Benoit & Corinne - Publié dans : Une facon de voir ...
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Samedi 4 mars 2006

Pédalant encore un peu plus vers le sud-est, je me dirigeais d’une traite, vers Les Champs-Élysées de mon mini-trip : un jeune Népalais, Ram Bahadur Bomjan, de 16 ans se serait assis en position de lotus, il y a presque 10 mois, aux pieds d’un grand banian au milieu de la jungle de Charkose Jhadee en décidant de méditer la, immobile, pendant 6 ans sans plus dormir, boire, ni manger ! Chaque jour des centaines de pèlerins viennent de tout le Népal et du monde entier pour voir celui que beaucoup appellent déjà « The New Buddha », « Little Buddha » ou « The Buddha Boy ». Voilà en tous cas un être qui a fini de nuire et je me fais un grand plaisir de peut-être rencontrer mon futur gourou.

Les autorités népalaises, elles, ne savent pas trop quoi faire de cet « événement » qui vient perturber les circuits touristiques. Les éminences Bouddhistes le disent coincé à un certain niveau dans sa tentative d’éveil (du fait de son ascétisme extrême) et se désintéressent plus ou moins de la chose. Les scientifiques prétendent que tout ceci n’est pas possible et demandent à pouvoir lui faire passer des tests. La ferveur populaire l’a quand a elle définitivement adopté, le porte en héro, l’encense, l’appellent « God », lui sacrifie des poujas et tout un marchandising et petit business se développe autour de lui.

Etrangement, personne ne semble vouloir réellement suivre l’exemple, « prendre sa croix », s’assoire la avec lui pour avancer paisiblement sur les chemins de l’illumination collective… sans grand bouleversement.

Bref, après ces quelques 530 km de routes a travers les magnifiques campagnes du Népal, demain je reprendrai un bus pour Katmandou, le vélo sur le toit, pour assister avec Corinne (également une seconde foi de retour du terrain), au mariage de Tilak et de Shiva nos housemates, et partir ensuite trekker quelques jours dans le Langtang himalayen avant le blocus des villes du pays par les Maos.

En espérant scalper de notre objectif quelques Yacks … ou mieux l’un ou l’autre Yeti !

Puisse tous les êtres être heureux !

 

De meilleures photos de Ram et plus d’infos sur :

http://en.wikipedia.org/wiki/Ram_Bomjon

http://www.parismatch.com/reportages/article.php?article_id=797

Par Ben' - Publié dans : Nepal
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