Human Exchange
Les échanges nous donnent une appartenance à la grande famille humaine
Apres cette première journée un peu inaccueillante, nous reprenons notre courage à deux mains, louons des vélos pour explorer cette « ville » qui semble au premier abord tellement impalpable.
Nous allons donc visiter Aureka (une entreprise qui construit des éoliennes de pompages) et Aurore (un Centre de Recherche sur le solaire photovoltaïque). Après avoir lu leur description sur Internet, on s’est senti un peu bluffer. Ils devaient avoir des fours solaires, finalement ils ne sont plus fabriqués et les plans sont perdus ; ils devaient aussi avoir acquis une expérience avec les lanternes solaires et de ce fait avoir développé de nouveaux produits toujours plus pratiques et durables… si ce n’est que ça reste à titre expérimental et que ce n’est pas encore disponible… même chose pour les biodigesteurs, les éoliennes énergie ou le projet de Trame à hydrogène qui en est à l’étape du vélo hybride facilité par un moteur électrique rechargeable… Très intéressant tout cela mais nous imaginions découvrir des choses beaucoup plus concrètes et transférables pour nos projets à Chennai… Vu que la plupart des responsables se sont envolés pour l’Europe, il semble difficile d’en apprendre plus. L’impression qui domine est qu’il y a pleins de bonnes idées et de bonnes volontés, de passionnés qui bricolent mais qu’à ce stade il manque la capacité de diffusion et de maintien des connaissances. Auroville se veut être un laboratoire du progrès, mais risque bien vite de se voir dépassée par le progrès des autres régions de l’Inde et des autres pays. Ce qui était extraordinaire il y a 20 ans ne l’est plus aujourd’hui ! La volonté de travailler à la construction dans un désert nécessite une âme de pionnier. Y-a-t-il encore des innovateurs pleins d’énergies à Auroville ?
Arrivés avec leur âme écologiste, les bâtisseurs ont équipé la plupart des communautés d’Auroville en solaire. Mais, les panneaux solaires coûtent tellement chers par rapport à l’électricité du réseau disponible que lorsque les besoins augmentent, plutôt que d’acquérir des équipements plus efficaces et d’étendre les surfaces de panneaux, les aurovilliens préfèrent se connecter simplement au réseau, gardant l’ancienne installation solaire pour l’image de marque et faire plaisir aux irréductibles Ayatollah-verts.
Matrimandir… une grosse boule de golf dorée (voir un ballon de Coupe du Monde!), plantée sur douze pétales, comme une fleur de lotus, sur un lac artificiel, alimenté en photovoltaïque… mais tout est encore en construction… une cathédrale ne se fait pas en 40 ans (?). Construction très diversement appréciée… une horreur ou une splendeur ? En tout cas, un énorme chantier qui mobilise beaucoup de personnes, peut-être davantage que le fait d’y méditer puisque, déjà aujourd’hui, ce sont essentiellement les touristes qui remplissent le lieu... A l’intérieur de chaque pétale, il y a une salle de méditation ; deux sont déjà accessibles, Equality et Peace. Nous entrons dans Equality, une petite pièce fraîche, baignant dans une ambiance bleutée, focalisée sur un dessin abstrait au centre. On se prendrait facilement pour des visiteurs d’un Futuroscope mais nous sommes là pour méditer… nous méditons. Après avoir passé avec succès l’étape des pétales, nous sommes acceptés au cœur même du Matrimandir… dans la grosse boule, une pièce d’un blanc éclatant illuminée par un rayon de soleil réfracté sur une boule de cristal… une nouvelle « église » sobre et silencieuse… une ambiance un peu magique… nous méditons.
Nous déménageons donc à Transformation… dans une maison bioclimatique très agréable (des pièces rondes disposées autour d’un espace commun ouvert sur la nature). Nous avons nettoyé la piscine, taillé des arbres, désherbé, bougé des tas de terre, ramassé des feuilles, et même aidé à faire un compost qui mélange bouse, eau et urine de vache à des feuilles d’arbres séchées et de la terre, mais nous n’avons pas appris grand chose sur la communauté qui ne semble pas avoir de projet unifiant. Samata, une allemande qui s’est installé à Auroville il y a 30 ans, vit dans cette maison comme elle vivrait ailleurs… les conversations tournent autour du mondial de foot qu’elle suit avec assuidité (NDBen: je mise sur l’Espagne!) ; son mari, un francais, a un restaurant et un bureau d’architecture à Pondichery ; ses enfants, partis en France et en Australie, reviennent pour les vacances ; elle repart en Allemagne en novembre et cherche le billet d’avion au prix le plus bas… Voilà, on est juste dans une grande maison trop chère à construire ailleurs, dans un environnement calme et verdoyant, avec un grand jardin potager où des « day-workers » venus des villages environnant travaillent pour un salaire de misère (1,5 Euro par jour) – les « avantages de l’Inde » sans ses inconvénients ?, juste une vie tranquille au soleil ?, un endroit sur terre pour vivre sans être dérangés ?
Apres six jours de travail à Transformation, nous avons eu envie d’aller voir ailleurs… et nous avons migré à Sadhana Forest (la Forêt du chemin menant à la vérité). Cette communauté toute récente (3 ans) a pour projet le service à l’humanité par le biais de la reforestation… Nous arrivons effectivement dans un lieu où les arbres ne sont pas très hauts et pas encore assez denses pour pouvoir vivre à l’ombre… il fait à nouveau torride… mais ici, on vit au plus près de la nature… pas de ventilateurs, de frigos ou autres modernités… Les huttes sont construites en bois ; des panneaux solaires donnent de l’électricité pour quelques ampoules économiques, prises de courant et pour pomper l’eau potable ; l’eau non potable se pompe à la main ; le régime est végétalien (par compassion pour tous les Etres) ; les toilettes sèches servent pour le compost…
La famille israélienne à la source de ce projet cherche à rencontrer tous les besoins de la communauté d’une manière soutenable et interconnectée : ici on applique la permaculture. C’est sur, en vivant ici tout le temps, on a une emprunte écologique nulle… La communauté étant tellement isolée de la cité, on n’a même pas de multiples tentations. Hors d’Auroville, mais pas très loin des villages tamoules qui nous offrent une musique cacophonique grâce à leurs haut-parleurs technologiques… heureusement pas 24h sur 24… ce qui nous laisse le temps d’apprécier le calme et de se sentir pleinement intégré à l’environnement. Le projet est intéressant, une vie au plus proche de la nature… Pendant les six jours que nous avons passé ici, nous avons pu planter quelques ananas…
pas grand chose d’autre en fait… vu la chaleur et le manque de travail. Malheureusement, Aviram, Yorit et leur petite fille, adeptes de l’UnSchooling, étant en Israël pour deux mois, la communauté était gérée par un “intérim” et l’organisation était laissée à elle-même… l’hygiène un peu négligée. Entre les chats qui grimpaient sur la vaisselle lavée avec une eau à moitié propre sans savon (plus de EM, des nettoyants biologiques composés de Microorganismes Effectifs aux propriétés stérilisantes, antioxydant qui servent à nettoyer tout et, également, en grande dilution à amender les sols de cultures entre autre de par les vitamines, acides-aminés et minéraux qu’ils secrètent!), et les toilettes devenues le refuge d’un serpent, d’un scorpion et puis d’un rat (toute une faune dans ces toilettes !), la vie devenait un peu rude.
Pour retrouver un peu de confort, nous nous sommes retranchés dans une communauté sur la plage appelée « Repos ». On reste dans une hutte en bois, très aérée, mais au moins il y a de l’eau courante dans une douche commune.
Beaucoup d’Aurovilliens occidentaux semblent être venus s’installer ici pour leur développement personnel… Un lieu propice à la quête spirituelle ? Ces gens semblent peu s’investir dans le développement d’Auroville… A « Repos », aucun membre de la communauté (tous occidentaux) ne semble travailler à Auroville… et leur apport à la communauté semble souvent se limiter à la construction et l’entretien de leur maison et de leur jardin. |
Le Rêve
Dans cet endroit les enfants pourraient croître et se développer intégralement sans perdre le contact avec leur âme; l`instruction serait donnée, non en vue de passer des examens ou d’obtenir des certificats et des postes, mais pour enrichir les facultés existantes et en faire naître de nouvelles. Dans ce lieu, les titres et les situations seraient remplacés par des occasions de servir et d’organiser; il y serait pourvu aux besoins du corps également pour tous, et la supériorité intellectuelle, morale et spirituelle se traduirait dans l’organisation générale, non par une argumentation de plaisirs et des pouvoirs de la vie, mais par un accroissement des devoirs et des responsabilités. La beauté sous toutes ses formes artistiques, peinture, sculpture, musique, littérature, serait accessible à tous également par la capacité de chacun et non par la position sociale ou financière. Car dans ce lieu idéal, l’argent ne serait plus le souverain seigneur; la valeur individuelle aurait une importance très supérieure à celle des richesses matérielles et de la position sociale. Le travail n’y serait pas le moyen de gagner sa vie, mais le moyen de s’exprimer et de développer ses capacités et ses possibilités, tout en rendant service à l’ensemble du groupe qui, de son côté, pourvoirait aux besoins de l’existence et au cadre d’action de chacun. En résumé, ce serait un endroit où les relations entre être humains, qui sont d’ordinaire presque exclusivement basées sur la concurrence et la lutte, seraient remplacées par des relations d’émulation pour bien faire, de collaboration et de réelle fraternité. La Mère (Août 1954)
Charte d`Auroville 1. Auroville n`appartient à personne en particulier. Auroville appartient à toute l`humanité dans son ensemble. Mais pour séjourner à Auroville, il faut être le serviteur volontaire de la conscience Divine.
2. Auroville sera le lieu de l`éducation perpétuelle, du progrès constant et d`une jeunesse qui ne vieillit point.
3. Auroville veut être le pont entre le passé et l`avenir. Profitant de toutes les découvertes extérieures et intérieures, elle veut hardiment s`élancer vers les réalisations futures.
4. Auroville sera le lieu des recherches matérielles et spirituelles pour donner un corps vivant à une unité humaine concrète.
La Mère (28 Février 1968) |
Et oui, de retour de chez Amma, où j’ai rencontré deux passionnés de fours solaires, je me suis lancé ! Au début, c’est un peu bizarrement qu’on
me regardait couper et coller de grands bouts de cartons et d’aluminium, mais ça commença à prendre forme et très vite l’intérêt naquit. Vishva devenait même déjà mon complice ! Le lendemain midi, à la découverte du riz cuit, c’est tout le bureau du Bharathi Trust qui était conquit et la voisine qui nous offrait la Samba pour accompagner le repas. Notre premier enfant était né ! Un deuxième déjà en route, en acier poli celui-là, pour tenir sur la durée. Très gai à concevoir, avec les ouvriers motivés de la fabrique du quartier, pendant que de l’autre coté, les tests de cuisine continuaient sous le soleil :
oeufs à la coques, pâtes, sauces tomates et de légumes, omelette, riz au lait sucré, curry de légumes, oignons frits, soupe de légumes. Quel plaisir de profiter du prana de ces dîners ! Notre deuxième joujou était né pendant ce temps, nettement plus cher cependant (Rs.1000/- soit EUR.20/-) et nécessite encore quelques adaptations (isolation).
Le troisième bijou est en route : une mini éolienne de démonstration (plan ici).
Peut-être n’est-ce qu’un début !? En attendant les finances pour les éclairages photovoltaïques d’autres solar box, cuiseurs, feux économes, digesteurs bio-gaz et projets à plus grande échelle (par exemple éoliens) sont faisables et abordables.
Peut-être que ces quelques pistes, comme des idées lancées seront rattrapées par certains. Qu’un changement se produira au moment ou il y aura un nombre suffisant de
consciences qui sentiront d’une façon absolue qu’il ne peut pas en être autrement… à quoi bon toutes ces dépenses en énergie fossiles ? Il faut que tout ce qui a été, et est encore maintenant, apparaisse comme une absurdité qui ne peut plus durer. Il faut que tout le monde s’aperçoive de la Merveille pour qu’elle soit… de multiples sources inépuisables d’énergie sont disponibles et peuvent être captées.
La contagion à commencée …
Au Ashram d’Amritapuri, durant les seva (travail au bénéfice de la
communauté), j’ai eu l’occasion de rencontrer deux jeunes voyageuses : Linda, suisse allemande et Carole, québécoise, qui planifient d’aller dans les backwaters… je ne mets pas très longtemps pour me décider à reprendre mon sac-à-dos et à me joindre à elles. Je quitte Benoît à la station de bus et m’installe avec mes deux nouvelles compagnes de voyage à l’arrière du bus, dans la partie des Ladies (au Kerala, les hommes et les femmes sont séparés pour la plupart des activités de la vie quotidienne – un homme ne s’assiéra généralement pas à coté d’une femme qu’il ne connaît pas même s’il doit rester debout – cette ségrégation est un peu perturbante mais la pudeur dans le contact rend aussi le sud de l’Inde particulièrement sécurisant pour les femmes). Nous roulons jusqu'à Allepey, une petite ville ceinturée par deux canaux, où nous tombons par hasard dans un hôtel… ou plutôt une maison où le propriétaire et ses amis musiciens se retrouvent le soir pour revisiter les classiques rocks et les chansonnettes malayalam, guitare et djembé sous la main, accompagnés des routards logeant là, comme chez des potes…
Le lendemain, nous naviguons lentement à bord d’un houseboat dans les canaux ouvrant une voie entre les forêts de palmiers qui se reflètent dans une eau chaude et accueillante pour la baignade… un pur moment de relaxation… la tranquillité de la nature et la paix de l’esprit. Après un repas qui nous révèle toutes les nuances d’une cuisine indienne pas trop épicée, nous nous endormons avec le léger bercement du bateau.
A notre retour à l’hôtel, on nous propose de poser comme modèle pour une pub d’hôtel en échange d’un repas et d’un massage. Nous voilà donc filmés (3 filles et 2 gars faisant les guignols devant la caméra) autour d’un déjeuner, au bord de la piscine, dans le jardin, sur un bateau… malgré un temps pluvieux. Repas copieux mais massage maigre (étalage d’huile – 10min avec la douche)… Nous repartons finalement avec l’impression de nous être fait exploiter !
Le lendemain, Carole repart vers le sud ; Linda et moi continuons notre route vers le nord. Au moment de prendre le ferry pour accéder à Fort Cochin, une pluie diluvienne s’abat sur la presqu’île et des vents violents battent la cote. La pluie ne s’arrêtera plus. Le lendemain, le journal annonce officiellement le début de la mousson.
Nous nous réfugions dans un centre ayurvédique pour tester le massage keralais.
Sur un plancher grinçant, dans une petite pièce sombre au premier étage d’une vieille maison kéralaise, le bruit monotone de la pluie en arrière fond, deux jeunes filles font pénétrer une huile épaisse par de grands mouvements reliant les parties de mon corps.
Le soir, nous allons voir un spectacle de Kathakali, art dramatique traditionnel du Kerala. Une histoire mythologique… pas de mots… des expressions faciales et corporelles symboliques, ainsi que des mudras (position des mains) pour raconter.
Le lendemain, nous fuyons Cochin, la pluie et le froid… Nous changeons nos plans pour nous
rendre dans un endroit où la pluie ne devrait pas encore être arrivée, de l’autre coté des Ghats Occidentaux. Un bus nous emmène jusqu'à Coimbatore en traversant les Ghats et leur nature luxuriante. Ensuite nous prenons un train, un de ces trains ou les banquettes de quatre deviennent des banquettes de six et les portes-bagages sont investis par les passagers ; je me retrouve la tête d’un bébé dans une main et la tête de sa mère sur l’épaule jusqu'à une petite gare ou nous changeons de train… un mini-train… une locomotive à vapeur qui pousse les wagons pour grimper jusqu'à Ooty, à 2240m d’altitude. La vapeur du train se mêle aux nuages qui restent accrocher aux collines verdoyantes. Nous nous enfonçons dans les nuages pour arriver à Ooty, sous la pluie… déception… mais il paraît que ce n’est que la pré-mousson.
Ooty est froid, humide et pourtant bondé de touristes indiens qui voient approcher à grand pas la fin des vacances scolaires. Nous nous rendons à la YMCA mais il n’est pas si facile de trouver une chambre pendant la haute saison. A la réception, nous rencontrons un indien de Bombay qui devait venir avec sa famille et qui, par quelques circonstances de la vie, se retrouve seul avec une chambre pour 4. Il nous propose de partager sa chambre gratuitement… un peu réticentes au début, nous finissons par accepter la proposition de ce père de famille qui semble un peu dépité de devoir passer deux jours seul dans ce bled. Une chambre (et finalement la nourriture et les transports) en échange de compagnie… et au final, ce fut une belle rencontre. Vu le temps, nous avons pas mal discuté avec ce chirurgien de la classe aisée. Nous avons pu aussi visiter Ooty, son jardin botanique et son exposition de fleur en soie… je pense que ce petit tour ne vaut pas un trek dans les vertes collines mais, sandales aux pieds, attifée d’un pantalon et d’une jupe, d’un t-shirt et d’une chemise et couverte d’une horrible couverture achetée dans un frisson au bord du lac… la gestion de chute de température (jusqu'à 10 degré) me semblait déjà un bel effort.
Apres une nuit au frigo et quelques morceaux de chocolats bien réconfortants, nous avons pris le bus (non sans avoir poussé pour y rentrer !) pour redescendre vers les plaines, où il devrait ne pas pleuvoir. Nous arrivons sept heures plus tard à Mysore, sous la pluie…
Mysore est une petite ville verdoyante et spacieuse… possédant quelques bâtiments stylés… mais Mysore, c’est surtout son palace qui nous plonge dans l’Inde des Maharajas.
Le palais des Mille et Une Nuit… en vrai. Un mélange de styles… de grandes colonnades, des verrières décorées par des paons, des ciels étoilés peints sur les alcôves, et même, de temps en temps, un angelot, des tableaux de chasses anglais, des statues égyptiennes. Les photos du début du XXème siècle nous révèlent par clin d’œil la vie des derniers Maharajas et leur amitié avec les Anglais.
Apres cette visite de l’histoire, nous prenons un train de nuit qui nous ramène vers Chennai et ses 35 degrés… Nous retrouvons Benoît qui nous prépare avec passion des macaronis en utilisant les fours solaire qu’il a construit pendant notre petit voyage… Je laisse ma compagne de voyage prendre la route vers le sud… après ce petit voyage qui nous aura amené en quelques jours et quelques centaines de kilomètres à vivre un contraste inattendu de température de plus de 25 degrés (tout en gardant la même garde robe) !
Le lendemain de notre petite fête de départ, alors que je me rendais au quartier de la Baraque pour fêter la nouvelle récolte de pomme, je rencontra un certain Shivanath qui cherchait son chemin également. Son nom m’intrigua et je le suivis dans la roulotte de son ami Wim pour demander ma route. Je fus saisi par la décoration : mélange ambigu de couleurs et d’odeurs planantes – les murs et les étagères grouillant de trésors de voyages, là un shiva dénudé enrobé de serpents en statuette, en face une Sitha dansante au 6 bras et 6 jambes, puis encore d’autres Bouddhas en médiations et toutes sortes de souvenirs mystiques le tout baignant dans une atmosphère saine de plénitude spirituelle – en un instant je fus transporté en Inde !
Plus étrange encore étaient les photos d’une petite dame à la peau noire, une tika entre les yeux et au sari blanc, abordant un doux sourire illuminé.
La discussion s’entame : Cette femme c’est Amma, elle est considérée comme un Avatar, un être réalisé qui s’est réincarné pour aider les autres. C’est Dieu qui assume un corps physique à chaque fois qu’il le faut pour rétablir l’équité, maintenir l’harmonie et protéger le monde. C’est leur Maître spirituel. Ils m’expliquent qu’elle prend les gens dans ses bras pour leur faire sentir la bonté de son amour et leur accorder sa compassion infinie. Elle a étreint comme cela plus de 24 millions de personnes de tous les pays ! Elle transforme les gens, change le monde !
La nuit passe à écouter des mantras, méditer, parler d’Amma, des routes vers l’Asie, des voyages, de la vie… Je suis touché, ces musiques me font pleurer d’émotion ! Il semble qu’un rendez-vous soit pris : il nous faudra passer par chez elle lors de notre périple indien !
Six mois plus tard
Corinne et moi laissons Chennai pour rejoindre l’Ashram d’Amma d’Armitapuri à Valicow dans le Kerala. Amma est également connue partout en Inde pour ses initiatives caritatives, elle a ouvert plus de 50 écoles, des Universités, des Instituts, des Centres de recherches, un Orphelinat, 3 hôpitaux, des dispensaires. Elle a aussi construit 25 000 maisons gratuites pour les sans-logis, offert 50 000 pensions mensuelles pour les femmes pauvres, distribue chaque moi plus de 50 000 repas aux pauvres, replanté des centaines de milliers d’arbres… la liste est encore longue et ses œuvres s’accroissent chaque année. Est-ce là une autre expression de son amour infini et sa compassion pour l’humanité ?
En arrivant, on apprend que pour être certain de recevoir son « Darshan » (étreinte divine), il nous faut descendre encore plus au sud, à Trivandrum, où elle donne un programme pendant 3 jours. Elle prend souvent dans ses bras plus de 20 000 personnes en une seule journée ! Quand elle voyage en Inde, ça peut être encore plus ! Son record, le jour de son 50eme anniversaire, elle a serré dans ses bars, consolé et donné des bisous ainsi que quelques conseils à plus de 45 000 personnes. Cela lui a pris presque 24H. On se demande combien pourrions-nous en prendre sur notre épaule avant de nous effondrer d’épuisement. Amma serre tous les gens dans ses bars sans tenir compte de leur propreté ni de leur état de santé, elle reste souriante, détendue, attentive à chacun et ouverte à tous. Wouha quel exemple !
Nous arrivons vers midi à Trivandrum. Amma semble très occupée et ça ne semble pas évident de pouvoir être « huger » avant ce soir tard dans la nuit, vu la masse de personnes attendant leur tour. Amma ne prendra pas de raccourci et ne fera pas de compromis avec ses valeurs, elle donnera du temps à chacun. Elle fut d’ailleurs un des orateurs du sommet pour la Paix du Millénaire à l’ONU et y déclara que le vrai changement devait se produire de l’intérieur ! Nous, nous chipotons un peu, oubliant un instant ces belles paroles et nous incrustons dans une file… Cela passe et nous voilà sur le chemin vers son étreinte !
Qu’est-ce que cela apporte, vous voulez savoir ?
Difficile de répondre, puisque chacun reçoit ce qu’il est venu chercher, ce qu’il a besoin, ce qu’il attendait. Alors, si ça vous intéresse, il vous reste à venir voir vous-même ou de l’attraper lors d’un de ses passages en Europe, ou ……. de vous tourner vers l’intérieur, vous aurez sa réponde, c’est certain !
:)
En valeur absolue l’Inde est le 5eme plus gros consommateur d’énergie du monde, derrière les USA, la Chine, la Russie et le Japon. Par contre, analysés par habitant, les niveaux de consommation énergétique demeurent modestes : ceux-ci sont en moyenne de 0,29 tep (tonne équivalant pétrole) par habitant, comparés à 8 tep pour les Etats-Unis, 5,8 tep pour la Belgique et 1,5 tep en moyenne mondiale. En effet, près de 70% du gros milliard d’Indiens vivent encore dans plus de 500 000 villages généralement reliés par des pistes, vivant d’une petite agriculture et fortement limité par de grave pénurie d’eau et d’électricité. Néanmoins, une majeure partie de cette population, qui continue de croître (augmentation de 20% en 10 ans), aspire à plus de modernité, de confort, de facilités, d’espaces, de voyages et semble vouloir s’approprier toutes ces images déferlant sous leurs yeux dans les médias. On constate même une véritable frénésie d’achats dans la nouvelle classe moyenne (156 millions de personnes)1.
Se développer donc ! Encore faudrait-il trouver la bonne stratégie pour en tirer profit à long terme et sans remords. Là semble être pour l’instant la mission que nous nous sommes assignée.
Quelle stratégie pour les Irulas ?
Les Irulas (lire l’article précédent), qui définitivement font partie de ces 300 millions d’indiens vivant sous le seuil de pauvreté, qui n’ont rien retiré de la libération économique dans le pays, nous déroutent lorsqu’ils nous disent avoir besoin de quelques lampes pour éclairer leurs sentiers entre leurs huttes pendant la nuit. « Toute la nuit ? » « Oui, oui toute la nuit, afin d’effrayer les serpents ! » « Est-ce bien raisonnable ?» se demande-on en se regardant. « Et ces mêmes lampes fonctionnant avec des détecteurs de présences vous conviendraient-elles ? » Non, ils veulent de la lumière toute la nuit, sans interruption sur toutes les « rues » du village !
Que répondre quand on pense à nos autoroutes, nos maisons lumineuses (eux n’auront même pas une ampoule dans leur habitat). « Heu, vous savez, l’énergie doit être utilisée avec parcimonie ou elle nuit gravement à la santé. Même si elle est solaire et renouvelable, il y a encore beaucoup d’autres villages sans électricité2 ne soyez donc pas si gourmand ! On vous dimensionnera des systèmes pour 6h de lumière par nuit pas plus ! » Pourtant, ces gens n’ont rien, pour ainsi dire ! Ce n’est pas eux qui polluent ! Les émissions en Inde se situent à 0,25 tonnes de carbone par habitant soit un quart de la moyenne mondiale, 14 fois moins que la Belgique et 22 fois moins que les Etats-Unis. Par contre nous savons que s’ils se développent comme nous, la pression sur l’environnement sera intenable (exemple, si l’Inde et la Chine consommaient autant de papier qu’un occidental, tous les arbres de la Terre disparaîtraient en un an3 !)
Un Centre de Ressource favorable à l’environnement, économiquement viable et socialement équitable ?
Puis que dire encore lorsque nous découvrons notre « ferme biologique modèle » en chantier (nivelage des terres agricoles !), à l’aide de bulldozer et du nouveau tracteur flambant neuf qui après servira pour les cultures. « Ne valait-il pas mieux acheter 25 vaches pour le même prix que ce tracteur? N’est-ce pas néfaste pour les sols4 et coûteux en carburant ?
Est-ce là une bonne démonstration de conservation des connaissances sur l’utilisation traditionnelle des ressources naturelles ? Est-ce bien cela une ferme biologique et un centre culturel permettant l’échange de savoirs et de savoir-faire sur l’agriculture biologique, la vermiculure, la production laitière, l’artisanat (tissage, couture, broderie, poterie, menuiserie) ? » Nous ne posons pas ces questions à haute voix, nous venons d’arriver ! Et puis, au fond, pourquoi devraient-ils se refuser cette petite quantité de modernité ? Mais les anecdotes se multiplient : le thé dans des verres en plastique, la bagnole 4x4 climatisée à tous bouts de champ, la construction du pont qui va avec, les demandes de ventilateurs dans les maisons « bio-climatiques traditionnelles » qui pourraient finalement être en briques (moins chères et plus rapide à construire que la pierre, la chaux et la boue), les sacs de fertilisant dans un coin, les projets de cultures de tournesol, de mais, le gaspillage d’eau … On se sent un peu dépassé et pas compétent. « Ils n’en sont qu’au début du projet et doivent mettre les choses en place » se dit-on pour essayer de nous rassurer.
Nous sommes néanmoins troublés et forcés de nous retourner vers l’intérieur, d’accepter encore une fois que ce sont nos modes de vies et de consommations qui risquent de se développer ici et que toujours nous les véhiculons (lecteurs mp3, ordi portable, appareil photo numérique, filtre à eau, montres, réveilles, lampe de poche, lampe frontale, chargeur de pilles, bics, livres, gourdes, sacs de couchages, boules Quies, … ) ; tout les attire, tout est lié, tout nous entraîne ensemble vers le (non) futur.
L’espoir
La diversité qui règne encore ici et la présence d’alternatives et d’activistes permettront-elles de résister à la modernité destructrice du consumérisme mondialisé ?
Gandhi proposait une solution : « Vivre simplement pour que, simplement, les autres puissent vivre ». Christ Korda une tout autre :
« Que faire ? »
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1 Une classe moyenne pas comme les autres paru dans le Courrier International Mars-Avril-Mai 2006.
2 Plus de 1,6 milliards de personnes sans électricité dans le monde dont plus de 350 millions en Inde.
3 Dans le respect de la Nature de Serge Carfantan
4 Lire: "1 milliard d'hectares stérilisés en un siècle ? il est grand temps de soigner les sols !"
En Belgique !!!
:)