Après une année merveilleuse sur les routes du globe, nous voilà de retour sur notre terre natale et une fois de plus à l’aube d’un nouveau départ.
Chemins croisés
Tout d’abord voici quelques nouvelles des deux pays et des deux projets auxquels nous nous sommes plus particulièrement liés :
Au Népal, la situation politique s’est calmée après le mouvement de désespoir du mois d’avril. Les népalais ont mis un terme à plus de dix années d’insurrection maoïste, enterrant 12 500 morts. La monarchie népalaise a été vidée de ses pouvoirs, la révolution armée a été abandonnée et les maoïstes sont entrés dans un gouvernement intermédiaire en attendant des élections en juin 2007.
Espérons que les partis politiques au pouvoir ne décevront pas le peuple népalais, attirés par les profits personnels de la corruption, malgré une réelle volonté de changement. L’espoir est à nouveau présent au Népal… que la démocratie y trouve un terreau pour grandir…
Planète Enfants a connu un moment difficile pour ses activités. L’équipe a été réduite (tous ceux qui sont partis ont retrouvé un emploi) et le bureau a été transféré au rez-de-chaussée de la maison de Katmandou. Stéphanie vit au premier étage de la maison et travaille en bas… mais plus pour très longtemps… Stéphanie va prendre la place de directrice de Planète Enfants en France. Dans quelques mois, elle reviendra à Paris mais retournera quelques mois par an au Népal accompagnée d’un tout petit bout… Anouj… un petit garçon népalais que Stéphanie va adopter… trop mignon.
Le projet sur lequel Corinne travaillait (la création de procédures d’accueil pour les victimes de violence domestiques) est mis en place par sa collègue restée chez Planète Enfants, Pooja, accompagnée par une psychothérapeute
française qui forme et oriente les éducatrices à la prise en compte des aspects psychologiques. D’autres projets, dans d’autres districts vont être mis en place pour la prévention de la violence mais aussi des migrations à risques.
En Inde, le Bharathi Trust poursuit ses activités. Le projet de placer des panneaux solaires dans le Ressource Center a été accepté et sera financé par l’ONG partenaire belge, Energy Assistance mais les démarches prennent du temps, beaucoup de temps, du côté indien comme du côté belge et qui sait quand ce projet aboutira concrètement et puis de toutes manières cet apport sera bien petit. En effet, les attentes des populations locales étaient énormes bien que les demandes exprimées sur papier furent finalement bien modestes. La réponse d’Energy Assistance est surtout symbolique : elle offrira à ces milliers de déshérités dispersés sur autant de milliers de Km², un unique petit panneau solaire photovoltaïque de 120 Wc (moins d’1m² !) et les composantes qui vont avec pour alimenter une ampoule électrique de démonstration et enverra un ingénieur en avion pour aller installer le système sur place. En attendant, une première île de l’océan Indien vient de disparaître sous la montée des eau, forcent la fuite de ses 10.000 habitants, en cette veille de Noël. No comment !
Parcours initiatique
Notre voyage a été très riche. Le retour par la route fût passionnant… Voir les horizons changer sous nos yeux, faire des liens entre les différentes partie de ce monde,
comprendre l’organisation de la planète dans sa continuité et observer les moments de rupture, s’étonner de l’irréductible singularité des gens mais surtout voir très clairement en chacun d’eux l’humanité qui nous rassemble.
Voyager c’est… se délester de ses préjugés, ses certitudes, ses habitudes, ses convictions ; ouvrir son esprit et ses sens à la nouveauté ; être disponible aux rencontres ; prendre du recul ; accepter la remise en question d’une vie antérieur dont on saisit la relativité ; se rendre compte qu’on n’a rien besoin de plus pour vivre qu’un simple sac-à-dos (alors qu’est-ce qui encombre tant nos vies ?) ; s’adapter ; se détacher ; s’étonner … mais surtout revenir… avec l'impression de ne pas avoir vécu de grandes aventures, mais plutôt le sentiment d'avoir vécu le quotidien ailleurs… sur la route et compris que nous sommes tous en voyage permanent… que celui-ci n’est pas fini !
Et bien alors quand repartez-vous? Prêt pour le prochain Paris-Pékin Express? Non… Pour nous le voyage prend du temps… Le véritable voyage commence à partir du moment où nous modifions notre rapport au temps. Le voyage est autant découverte de l’espace que tu temps.
Là, nous revenons à notre point de départ avec une autre notion du temps et de l'espace, plongé dans un bain zen. Mais combien de temps avant de se faire engloutir à nouveau par les références occidentales… le temps raccourci par la vitesse… l'agitation… le stress. Est-il possible de vivre ici sans se laisser imbiber de ces vibrations ?
Tout au long de notre voyage, mais particulièrement en Inde, nous avons été frappé par l’aliénation consumériste qui se propage. Nous avons vu la soif des hommes à vouloir rouler, voler… des vacances, une maison, un GSM, une TV plasma, un séchoir, des cheveux bien coupé et plaqués par une épaisse couche de gel... Nous avons vu la toute puissance aliénante de l’argent pour ceux qui n’en n’ont pas comme pour ceux qui en ont plein. La jeunesse aisée d’Asie ou du Moyen Orient ne participe pas encore vraiment au monde occidental, mais elle le mime. Nous, Occidentaux blasés, suréquipés, n’y voyons qu’une version frelatée de la consommation américaine ; mais pour un jeune Indien ou Iranien, consommer, c’est encore se libérer. En Occident, on considère depuis le siècle des Lumières que la liberté exige de conquérir la matière, de maîtriser le monde extérieur… mais la liberté ne serait-elle pas plus l’aboutissement d’une recherche sur soi-même ? Et puis de toutes manières les ressources de notre planète ne permettront pas l’entrée dans le monde de la consommation de ces milliards de personnes postées dans la file d’attente de la fameuse classe moyenne émergente…
Faut-il conclure que les trois quarts des hommes ne seront jamais « développés » pour qu’un quart le reste ? Ne pourrait-on pas, sans cynisme ni utopisme, envisager une autre développement ?
Nous nous sommes vu et nous avons vu les Hommes courir dans tous les sens, se lancer de tous côtés dans des excès d’activités fiévreuses, en quêtes d’expériences, de visites, de plaisirs, de défis, de succès, de pouvoir, de connaissances. Nous avons vécu l’agitation, la hâte, l’adrénaline, l’inquiétude, l’embarras qui en découle mais qui ne mène nulle part et ne produit que des montagnes de déchets, du bruit, des catastrophes climatiques et des hordes de stressés et de déprimés. Nous avons vu la grande illusion de cette agitation de la nature humaine, l’inutilité de tout cela et à quel point cela ne changeait rien. Cela nous permet de prendre conscience que la vie sur terre aura une fin, qu’il faut l’accepter et qu’il nous faut nous décider à cultiver autre chose si nous ne voulons pas continuer à appartenir aux premiers de la classe d’une espèce périmée. Alors, l’énergie investie dans la conquête d’une liberté extérieure ne pourrait-elle pas être rendue à la recherche de la liberté intérieur ?
Les chemins de l’évolution
Pratiquement, que faire ici et maintenant ? Défaire le développement… pour refaire le monde ? « Ainsi serait-il permis d’entretenir un autre rapport à l’économie, dont la finalité serait non plus un pur exhibitionnisme de la consommation devenue folle mais l’accès pour tous à une équivalente dignité » (Guy Sorman). C’est ce que Gandhi prônait ! C’est à tort que l’on fait passer Gandhi pour un réactionnaire. Il n’était pas hostile au progrès, mais il souhaitait que celui-ci fût jugé sur ses conséquences. Il n’était pas contre l’édification d’une usine pourvu que celle-ci ne détruisît pas son environnement naturel
ou social. Il n’était ni socialiste ni libéral ; il rejetait toute doctrine à prétention absolutiste. Il reprochait au socialisme comme au libéralisme de se concentrer sur les fins, sans s’interroger sur la pureté des moyens. « Aucune ambition, selon Gandhi, n’est digne si les moyens pour l’atteindre ne l’est pas.» Nehru, avec sa passion pur la sidérurgie, se croyait moderne… Ghandi apparaît comme un postmoderne.
Nous ne voulons plus changer ou sauver le monde extérieur à nous même. « Seul l’individu, parce qu’il fera sur lui-même l’effort de se changer, parviendra à changer le monde ; ce n’est pas le changement du monde qui suscitera l’homme nouveau mais le contraire. » (Guy Sorman). Nous revenons pour nous donner l'occasion de nous construire un mode de vie intègre et de s'engager dans notre société. Nous ne voulons plus polluer encore plus le monde en lançant des froids piquants. « Allumer sa petite bougie vaut mieux que de maudire la nuit » Julos Beaucarne.
« Vivre simplement pour que simplement les autres puissent vivre » proposait Gandhi, cela nous permettra d’avancer léger sur cette Terre fragile par respect et amour de tous les êtres qui l’habitent et de nous consacrer à l’essentiel… découvrir la valeur d’un vie, … qui est peut-être de pouvoir résoudre l’énigme apparente de l’existence, connaître la nature fondamentale et le destin véritable de l’homme.
« Le corps humain est, en vérité, l'instrument pour réaliser Dieu, qui est le but ultime de la vie." nous a dit Amma.
« Nothing Really End » (dEUS)
Maintenant, même si l’appel de la vie jamais ne prendra fin, Human ExChange va s’arrêter de vivre et se ranger au rayon des souvenirs. Il fut un merveilleux outil d’expression, de synthèse pour nos réflexions et de communication pour nous… d’échange. A nous de récréer d’autres outils ici et maintenant, plus équitables, plus spontané mais néanmoins toujours plus ambitieux, simples et sincères.
Puisse nos cœur s’ouvrir et exprimer leur vraie nature, puisse le monde se consumer d’amour infini… partir en paix.
« Tu es invité au festival de ce monde et ta vie est bénie » (Rabindranath Tangore)
Corinne a trouvé une place comme psychologue dans un centre de jour et d’hébergement pour personnes ayant un handicap mental à Bruxelles. Elle commence en janvier.
Benoit continue son évolution dans le bureau d’étude familiale d’ally&be consult qui travaille sur des projets concrets d’utilisation rationnelle et efficace de l’énergie. En parallèle, il aide au lancement d’une asbl. Il continue le yoga et ses recherches spirituelles.
« L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant » (René Char)
Merci de nous suivre, vous nous gonflez les voiles ! On vous souhaite tout le bonheur du monde pour cette nouvelle année…
Bibliographie :
Le Génie de l’Inde. Sorman Guy (2000). Ed. Fayard.
Petite philosophie du voyage. Tahon Thierry (2005). Ed. Milan. Pause Philo
Défaire le développement, refaire le monde. Ivan illich, Serge Latouche, Michael Singleton…(2003). La ligne d’horizon - Ed. Paragon.
Disappearing world: Global warming claims tropical island. The Independent (24 décembre 2006).
A deux heures de routes, une autre ville romaine nous livre les plus beaux vestiges de cette époque… Ephèse. Une visite audioguidée nous en apprend un peu plus sur l’histoire de cette ville, toute proche du temple d’Artémis – une des sept merveilles du monde incendiée, pillée et engloutie par le temps – et sur la vie de ses habitants. Des demeures luxueuses profitant d’un système d’eau chaude et de chauffage sont sorties de terre pour nous montrer que les romains vivaient dans le confort sans la technologie d’aujourd’hui.
tristes des diables d'automne. Nous avons fouille les entrailles de la terre ou habitaient les orcs, gravi les forteresses en gruyere du peuple des souris, demande conseil au geant des plus profonds canyons et au peuple-pliers, dormi dans une grotte de Golum, prie en de multiples chapelles creusees a meme ces demoiselles de fees par St Anthousiaste sous le regard des cygognes. Rien n'y fit, le secret de la confrerie de l'anneau restera a jamais en ces lieux.
Quel énergie, quel effort, quelle confiance, quelle inebranlable volonté a-t-il fallu pour engendrer ces réalisations qui nous laissent béa d'admiration et dans une humble contemplation.
Au levé du soleil, ne perdez pas une minute et partez explorer la magnifique ville de Yazd. Admirez les minarets des grandes mosquées transperçant le ciel comme des aiguilles, leurs mozaiques turquoises se mélant au bleu limpide du ciel. A leur pied s’étale la vieille ville sortie de la terre du désert. Les maisons vous révèleront les connaisances que les anciens iraniens avaient de l’architecture bioclimatique... des dômes et d’étranges cheminées constituent d’ingénieux systèmes de ventilations amenant l’air frais à l’iıntérieur de la cour agrémentée d’un bassin. D’autres techniques, comme l’utilisation de pierres translucides laissant passer la lumière, permettent de conserver la fraîcheur ou la chaleur entre les épais murs de terre paille. Le soir, faites-vous doublement plaisir avec un resto dans un ancien hammam et une glace comme les iraniens en raffole... 30 cm de haut !